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Hommes, Femmes ou Genre humain
La place des femmes et/ou la place des hommes
« Il est indécent de faire l’amalgame entre la condition des femmes dans les banlieues les plus défavorisées et celles des classes moyennes ou supérieures ». « Il est inexact de laisser entendre, sans plus de précision, que les femmes en général sont les victimes des hommes »1. « Partout les femmes parce qu’elles sont des femmes sont victimes de la haine et de la violence 2 […] à confondre les vraies et les fausses victimes, on risque de se méprendre sur l’urgence des combats à mener »3.
Il faut bien sûr s’indigner du non-respect de la loi sur l’IVG, combattre avec ardeur les violences faites aux femmes, lutter pour l’égalité salariale entre les sexes, faire vivre ardemment la loi sur la parité, mais ne faut-il pas se battre avec tout autant de ferveur pour transformer en profondeur le creuset de ces inégalités ? À l’instant de la remise en cause des 35h qui nous avaient donné l’illusion d’un mieux-être individuel et social, la question des temps (temps de travail, temps social, temps parental, temps domestique) et de leur répartition n’a pas vraiment évolué.
Il est simpliste de se limiter à la répartition des tâches entre les hommes et les femmes ; il ne s’agit plus seulement de revendiquer l’égalité mais l’épanouissement de tous, l’équilibre social en termes de représentativité dans le monde professionnel, social, militant, politique.
La seule manière efficace de permettre aux femmes d’accéder à des responsabilités est de repenser l’organisation du travail et en particulier celui des hommes. Tant que la performance sera mesurée au temps de présence et non à l’efficacité, tant que « l’e-mail » tardif à son supérieur sera perçu comme une marque d’investissement ; les femmes pâtiront d’une inégalité de traitement dans le monde professionnel. Il est nécessaire de modifier les critères d’évaluation du travail pour qu’il soit basé sur la qualité du travail accompli et non sur la disponibilité permanente. Les réunions fixées à 18h30 ou 19h, précisément à l’heure où ferment l’ensemble des structures de garde, pénalisent principalement les femmes. Pour ces raisons, bon nombre de femmes opèrent d’elles-mêmes le choix d’occuper des postes à faible responsabilité, sans qu’aucune obstruction “visible” ne soit faite à leur évolution de carrière.
Certain(e)s se diront sans doute qu’il s’agit là de préoccupations qui ne concernent que les femmes occupant des responsabilités et que tout cela est bien mineur pour les travailleuses aux emplois pas ou peu qualifiées. Ces femmes – ouvrières, employées – sont touchées de plein fouet par la dérégulation du temps et des conditions de travail (intérim, horaires décalées, temps partiel, contrats précaires) ; non seulement elles ont des emplois du temps incompatibles avec les offres de garde existantes, mais en plus elles reversent une grande partie de leurs maigres revenus pour faire garder leurs enfants.
L’accès au travail a donné la liberté aux femmes… Il ne s’agit plus de réclamer une place ou de nous poser en victime : offrons de la place aux hommes pour qu’ils puissent enfin résoudre leur crise des “nouveaux pères”, revendiquons du temps libéré pour les hommes dans le monde du travail et une meilleure adaptation des temps, une nouvelle ère des hommes d’intérieurs pourrait s’ouvrir…
Les questions soulevées par l’intégration professionnelle des femmes posent la question de l’organisation de notre société et des valeurs qui y dominent. Notre société se fonde sur un idéal économique, notre salut se résume à la production de richesses. Sans nier la nécessaire monétarisation des échanges (fini l’ère du troc), nous pouvons légitimement nous interroger sur la place de l’humanisme dans notre société. Quel choix avons-nous fait en matière d’épanouissement, au service de quel projet éduquons-nous nos enfants ? L’objectif de l’éducation nationale est-il seulement de former de futurs salariés performants et adaptables ou d’éduquer de futurs citoyens à même de développer un esprit critique ?
Chaque jour, nous entendons l’indignation des enseignants, des médias, des élus, sur le manque d’investissement des parents. Les parents, « éducateurs premiers », oui bien sûr, mais quand ? entre 7h et 7h30 pour faire avaler en urgence un petit-déjeuner équilibré, habiller correctement un enfant, le conduire sans stresser à l’accueil péri-scolaire ; ou entre 19h30 et 20h30, pendant les courses au supermarché, la préparation du repas toujours équilibré et varié, sans oublier les devoirs, l’hygiène et un coucher dans le calme, bien sûr…
Les week-ends, les enfants sont là, mais de plus en plus de salariés travaillent le samedi, voire le dimanche. Ne parlons pas du mercredi, semaine des 4 ou des 5 jours, rythme de vie de l’enfant, sujet ô combien récurrent où l’on s’attache à découper de la manière là plus intelligente possible, les temps scolaires et les temps supposés de repos ! Bien sûr, on réfléchit au temps périscolaire pour rendre harmonieux les différents temps de vie de l’enfant, dans les structures collectives ! Où sont les parents, entend-on ? Que font les parents ? Ils travaillent ou sont dans les transports en commun !
«Le travail et ses à-côtés occupent la majeure partie de la vie éveillée (au moins pour la population qui dispose d’un emploi) ou bien empêchent ceux qui n’en disposent pas d’un possible investissement dans une autre sphère, par manque de revenus et de statuts. »4 Quel projet de société pouvons-nous avoir si l’on n’éduque pas nos enfants ? Aucun… Nous devons réinventer la répartition du temps au profit du temps éducatif et la gestion collective de la cité.
« […] Aurons-nous résolu les problèmes d’inégalité entre hommes et femmes si nous en déléguons la totalité à l’extérieur, que cette délégation soit faite au marché ou à des structures collectives. […] Il y a là une énorme question, qui ne peut ni ne doit rester du domaine des arrangements individuels. Il y a là un choix de société […], le choix du type de société dans lequel nous voulons vivre. […] il y aurait un risque majeur à vouloir adapter sans relâche et sans retard l’ensemble des institutions sociales aux horaires de travail, de plus en plus atypique : que le rythme de la vie sociale soit déterminé exclusivement par les rythmes du système productif (crèches 24h/24…) […] on n’incite en aucune manière les entreprises ou d’une manière générale le système productif à être économe dans sa consommation de la ressource-temps, du temps humain (on fait comme si celui-ci n’avait aucune valeur. »5 (Hormis pour TF1 !). Libérons du temps, organisons une société qui prend en compte les relations humaines nécessaires à notre (sur)vie ; l’organisation sociale doit-elle s’articuler autour du travail ou doit-elle permettre l’émergence d’un homme libre, doté de sens critique, l’épanouissement personnel et collectif ?
Notre parti, au service de quel projet ?
Les questions soulevées sur le travail et l’éducation se posent tout autant en ce qui concerne l’engagement social et militant des femmes. Certain de nos camarades rappellent – à juste titre – que la loi sur la parité a eu des effets limités dans nos propres rangs ; cette problématique interpelle plus largement l’organisation de la vie de notre parti : les temps de débat, leur longueur, leur forme s’adresse à des individus ayant une bonne maîtrise de l’oralité et beaucoup de temps. En conséquence, les outils de formation et les stratégies en direction des adhérents ne s’inscrivent pas dans une logique d’éducation populaire qui pourrait créer un espace de promotion sociale. Les formes de participation dans le parti ne sont basées que sur l’exercice rhétorique, dans des créneaux horaires ou bon nombre de nos concitoyens ne peuvent se rendre disponibles.
Le terme “Quart Monde” a été inventé en 1787, à l’orée de la période révolutionnaire, sur ce constat : hors des trois ordres représentés aux États généraux – noblesse, clergé, tiers-état –, il y en avait un 4ème qui n'avait pas la parole, était complètement écrasé et qui n’existait pas. Au XIXème siècle, on l’a appelé prolétariat ; aujourd’hui on le réserve à la pauvreté et à la précarité, mais les modes d’exclusions sociale et civique sont toujours actifs.
Je propose que nous profitions du « projet », exercice de construction collective s’il en est, pour inventer des temps d’échanges et de débats rénovés à des heures différentes (samedi après midi, dimanche…), dans des espaces différents (maisons de quartier,cafés…) avec des acteurs de la société civile. Il me semble nécessaire comme pour les instances de démocratie participative de se donner les moyens de nos ambitions. Faisons de notre parti un espace de parole pour tous, offrons réellement la parole à ceux qui ne l’ont pas, pour être plus près de leurs préoccupations.
Nous devrions expérimenter au sein de nos collectivités une organisation du temps et des lieux de débats qui permettent à tous de pouvoir s’impliquer. 22 régions à gauche, la moitié des conseils généraux, des milliers de municipalités : ne pourrions-nous pas expérimenter en leur sein des modes de gestion du temps de travail tenant compte des différents temps de vie ? À la mort annoncée du service public, contre-attaquons : donnons-nous les moyens pour préserver la qualité du service, le respect des usagers et la prise en compte des salariés ; nous disposons de laboratoires à ciel ouvert, prenons collectivement nos responsabilités et vérifions que les institutions dont nous avons la charge respectent l’égalité salariale, élaborent de nouveaux modes de management… Mettons en pratique nos valeurs et nos propositions là où nous sommes en mesure de le faire avant de donner des leçons à toute la Nation… Engageons dans le parti de toutes nos forces pour ré-enchanter la société.
Pascale Didine,
section Canton de Viarmes,
Déléguée fédérale à la politique de la Ville
1 Élisabeth Badinter Fausse route, Odile-Jacob, 2003.
2 Antoinette Fouque, Marianne, 9-15 décembre 2002
3 Élisabeth Badinter, Fausse route, Odile-Jacob, 2003.
4 Dominique Méda, le travail une valeur en voie de disparition, Aubier 1995.
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