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Entretien - propos recueillis par Cordélia Bonal - Libération 20 avril
2009
Pourquoi parlez-vous d'«arnaque» au sujet de cette réforme de la procédure de naturalisation ?
Jusqu'à présent, la demande de naturalisation se faisait à la préfecture, mais, pour que les décisions soient
cohérentes, tous les dossiers étaient ensuite centralisés à la sous-direction des naturalisations (SDN), installée à Rezé (près de Nantes). La préfecture donnait un avis, mais la décision finale
revenait aux fonctionnaires spécialisés de la SDN. L'avis de la préfecture n'engageant d'ailleurs pas la décision finale: il arrive qu'un candidat ayant reçu un avis négatif en préfecture voit
finalement sa demande acceptée par la SDN. Ce n'est plus ce qui va se passer. Avec la réforme, ce sera aux préfectures de décider. Ce qui va créer une inégalité de traitement, selon le
département où l'on habite.
Par exemple ?
En Seine-et-Marne, dans le Val-de-Marne ou en Seine-Saint-Denis, des départements à forte population
immigrée, plus de 50% des demandes font l'objet d'une décision négative en préfecture. Dans les Landes ou l'Ariège, on a moins de 25% d'avis négatifs. On voit donc bien qu'avec cette réforme, on
va aller vers plus d'arbitraire. C'est une atteinte au principe d'égalité.
Cette réforme sera-t-elle malgré tout de nature à réduire les délais d'attente, comme l'affirme le gouvernement ?
Or mon épouse a reçu, elle, un avis positif en préfecture (grâce à la CNIL nous avons pu avoir le dossier que la SDN nous refusait) et c'est la SDN qui refuse l'enregistrement sans autre explication que "pas de communauté de vie", ce qui est manifestement faux, et c'est moi son mari qui le dit. Alors vous comprendrez que je sois pleinement favorable à la réforme car j'ai des raisons sérieuses de mettre en doute l'honnêteté des fonctionnaires de la SDN devant le tribunal de grande instance que nous allons devoir saisir, puisque la SDN qui a déjà cherché à ne pas appliquer la loi pendant plus d'un mois en ne répondant à notre demande de communication du dossier, cherche maintenant à ne pas appliquer la loi qui exige 4 ans de mariage alors que nous en avons 5.