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Réinventer la Gauche

Jeudi 12 novembre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche

Hamon : «Dans l’affaire Mitterrand, il y a eu un réflexe de caste»

Il y a près d’un an le jeune dirigeant de l’aile gauche du PS décrochait le poste de porte-parole du parti à la rose. Retour sur une année très très agitée : échec aux européennes, affaire Mitterrand, renoncements divers et variés…

(photo: MEDEF - Flickr - cc)
Marianne2 : Novembre 2008, congrès de Reims. Votre motion fait un excellent score (18%). Et pourtant vous décidez de vous fondre dans la majorité et même d’accepter le poste de porte-parole ?
Benoît Hamon : Il y a eu de vraies discussions à ce moment-là. Toute la difficulté était de réussir à trouver une homogénéité entre nos positions et celles de Martine Aubry, en passant par celles de Bertrand Delanoë ou de Dominique Strauss-Kahn. L’antiroyalisme ne pouvait pas être suffisant pour créer cette homogénéité. Comme l’antisarkozysme, aujourd’hui, ne peut pas être un positionnement suffisant pour le PS. Il n’est pas possible de toujours se construire en contre.
Mais on voit que l’homogénéisation se fait petit à petit. C’est le cas des primaires. Tout le monde y vient. Je ne vais pas dire que le curseur a énormément bougé, que nos idées ont colonisé le Parti socialiste, mais elles y ont trouvé leur place. Certes, pas au point de dire que pour nous c’est une victoire politique…

Mais il vous a fallu renoncer à certaines de vos idées. L’autorisation administrative de licenciement par exemple ?
L’idée était qu’une entreprise qui gagne de l’argent puisse être soumise au contrôle public. Que dit aujourd’hui le PS à travers la voix de Martine Aubry ? Que nous sommes favorables à la saisine du tribunal de grande instance pour que soit décidée la mise sous tutelle de l’entreprise bénéficiaire. La parole du Parti socialiste a évolué. Moi-même j’ai évolué et je ne vis pas ça comme un renoncement d’avoir réfléchi avec le PS. Avec l’autorisation administrative de licenciement, on ne prétendait pas avoir trouvé la digue la plus efficace. Et après avoir été traité d’hérétique, je suis heureux qu’on en soit arrivé à ce discours de Martine Aubry à La Rochelle.

En revanche, pour ce qui est du protectionnisme — une des idées fortes portée par votre motion au congrès de Reims — il y a eu un renoncement mâtiné d’un virage sémantique. Au PS, on ne parle pas de « protectionnisme ». Ça fait si peur que ça ?
On parle de « juste échange ». Mais le parti évolue. Et moi je n’ai aucun problème à dire que je suis pour un protectionnisme ciblé, temporaire. Je le dis d’autant plus qu’il y a une certaine hypocrisie sur le sujet. Notamment de la part de Nicolas Sarkozy quand il parle de taxe carbone aux frontières de l’Europe.
Le protectionnisme est nécessaire pour que nous puissions conserver notre souveraineté alimentaire, des barrières tarifaires ou non-tarifaires sont nécessaires pour éviter la concurrence déloyale entre les pays, pour que soit préservée la diversité et protégé notre appareil de production.

«Mon passé de “noniste” pouvait déplaire à la gauche francilienne»

Un discours qu’il aurait été intéressant de porter au Parlement européen. Mais vous qui avez réussi à prendre le poste de porte-parole du parti, vous n’avez pu obtenir une place sans danger pour les élections européennes ?
Je n’étais pas dans le mood. Mon passé de « noniste », mes positions sur le libre-échange pouvaient déplaire à la gauche francilienne. Ce discours-là allait heurter un électorat de gauche plutôt libéral. C’est ce que j’ai entendu…
Et puis ma motion n’était pas majoritaire en Île-de-France. En tout cas, je n’ai pas aimé être en compétition avec Harlem Désir. On peut penser de lui ce que l’on veut, c’est un excellent eurodéputé, un vrai bosseur.

C’est ce qui explique que vous ayez manqué de mordant dans cette campagne par rapport à celle menée pour le congrès de Reims ?
C’est surtout qu’il est beaucoup plus facile d’être « mordant » quand on n’a pas à porter un discours préfabriqué. On disait « non » à Barroso, mais l’on savait très bien ce qu’allaient faire nos partenaires du PSE. C’était comme faire la course avec un silex dans la chaussure. Et puis il y avait un contexte : les médias étaient épatés par la présidence de l’Union européenne de Nicolas Sarkozy. C’est quand même fou : puisque vous bougez, vous êtes bon ! Il n’y a qu’à voir la crise géorgienne. Medvedev ne s’est pas arrêté parce que Sarkozy s’est agité. Il s’est arrêté quand la Géorgie était amputée de deux régions…

Et puis il y avait le programme commun du PSE, le Manifesto
Ce n’était pas le message qu’attendait notre électorat. Ce n’était pas facile à porter. Même pour Harlem Désir j’imagine… Heureusement, Poul Nyrup Rasmussen (le président du PSE, ndlr) a très vite analysé la fessée que nous venions de nous prendre et a appelé à un retour aux fondamentaux de la gauche. Ça n’a pas empêché Martin Schulz (le président du groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates, ndlr) d’appeler à l’abstention les eurodéputés lors de l’élection de Barroso… Je fais partie de la délégation qui se rendra prochainement au congrès du PSE et je dirai ce que j’en pense. On ne peut pas ne pas porter cette parole.
Mais pour revenir à la campagne, j’ai essayé de la mener le plus possible en banlieue : à La Courneuve, à Montreuil, à Villiers-le-Bel, à Trappes. J’y ai fait de vraies rencontres, j’y ai eu de vrais débats sur les problèmes nationaux. Et il y avait la candidature Dieudonné.

«Ce mur qu’érige Mélenchon est le meilleur service que l’on puisse rendre à Sarkozy»

Il y avait aussi la candidature Mélenchon. C’est avec lui, qui a été pourtant un de vos compagnons de lutte lors du référendum sur le TCE, que vous vous êtes montré le plus dur ?
C’est délicat de faire campagne contre un mec que l’on connaît bien. Mais quand on voit récemment qu’à Poissy, François Delapierre (le numéro 2 du PG, ndlr) n’appelle pas à voter pour le candidat socialiste, c’est un abandon de tout ce qui fait la gauche. D’ailleurs, l’argumentaire de Jean-Luc Mélenchon qui voudrait qu’il existe une frontière étanche entre deux gauches ne tient pas. Parlons fiscalité, service public, libre-échange — encore que sur ce dernier point, avec le NPA, il pourrait y avoir débat — sur le fond, il n’y a pas de frontière étanche. Ce mur qu’érige Jean-Luc Mélenchon est le meilleur service que l’on puisse rendre à Nicolas Sarkozy.

Il n’y a pas que la campagne des européennes qui a été délicate pour vous. Cumuler les fonctions de chef de courant et de porte-parole du PS pose aussi certains problèmes ? Le sujet du protectionnisme est un exemple. Votre récente déclaration sur l'endettement français en est une autre. Il y a également les primaires. Vous dites vouloir militer pour des « primaires à gauche ». Mais c’est perdu d’avance : le PCF, le NPA, le PG n’en seront pas.
Je comprends qu’il y ait une réticence naturelle aux primaires. Ça peut représenter une étape supplémentaire dans le processus de personnalisation du pouvoir politique. Après, que ce soit un pari « perdu d’avance », je n’y crois pas. Chez les Verts, Daniel Cohn-Bendit s’est déjà dit favorable aux primaires. Certains dirigeants du PC n’y sont pas forcément opposés. Les régionales vont aussi servir de révélateur. Pour diriger les régions, des majorités vont se constituer. Où est la cohérence si certains acceptent de participer à des majorités en région et refusent les primaires ? Finalement, la vraie question est : est-ce qu’on aura le temps de constituer un projet commun représentant la diversité de la gauche ?

Plus récemment il y a aussi eu l’affaire Mitterrand...
Qu’aurait-il fallu faire ? Réunir le Bureau national du PS. À ce moment-là, il faudrait réunir le PS sur tous les sujets. Pour ma part, j’ai eu le sentiment d’apporter une parole très socialiste. Je ne veux pas jouer les victimes, mais ça a été un épisode super désagréable. C’est la vie politique qui est ainsi, je ne l’ai pas découvert à ce moment-là. Mais nous vivons dans un univers politique et médiatique extrêmement violent. Et certains ont dû se dire : « Enfin, c’est le moment, on va lui régler son compte ».
Bertrand Delanoë, lui, a un désaccord de fond avec moi sur ce sujet. C’est un homme avec qui je parle beaucoup et nous aurons une discussion plus tard. Je ne voulais pas en parler avec lui à chaud. Mais d’autres ont eu des prises de position totalement incongrues. Voir Georges-Marc Benamou me comparer à Marcel Déat ! Me retrouver estampillé facho anti-homo ! Et puis il y a eu les éditos d’Eric Fottorino ou de Denis Olivennes… J’ai eu l’impression que j’y avais droit pour l’ensemble de mon œuvre !

«Le coup de la chasse à l’homo, il fallait oser quand même !»

Comment expliquez-vous ces réactions ?
Il y a eu une sorte de réflexe de caste de la part de gens proches de Frédéric Mitterrand : on y trouve des responsables politiques, des journalistes, tout le milieu parisien des intellos qui vivent en vase clos depuis trente ans, chroniquent les ouvrages des uns et des autres. Ça a tourné au règlement de comptes pour Bernard-Henri Lévy, Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, Franz-Olivier Giesbert ou bien encore Jean-Luc Mélenchon qui a été hallucinant ! Le coup de la chasse à l’homo, il fallait oser quand même ! Au FN, c’était une réalité. Soit. Mais chez moi !
Quoi qu’il en soit, cette histoire va laisser des traces. Ce genre de polémique lève des choses pas très saines, fielleuses même. Mais j’ai reçu une multitude de messages de soutien de la part de journalistes, d’intellectuels et de simples citoyens. Il y a quand même eu quelques « punks » qui m’ont soutenu comme Michel Onfray ou Jean-François Kahn !

Vous n’avez pas songé à démissionner comme vous y aviez pensé après votre échec aux européennes ? Vous vous y étiez d’ailleurs engagé à l’époque ?
C’était une vraie connerie que de dire ça. Sincèrement. Je me disais : « Si je perds mon poste d’eurodéputé, je vais être obligé de bosser et je n’arriverai pas à assurer le rôle de porte-parole ». Mes proches m’ont convaincu. Henri Emmanuelli notamment. Il m’a longuement parlé. Tous m’ont dit de ne pas ajouter de la crise à la crise du PS, que ce n’était pas l’échec de notre courant…
Et apparemment, on peut être porte-parole du PS, travailler et être aussi candidat aux régionales ?
Cette campagne, je vais la faire à fond. C’est ce qui me manque le plus d’aller à la baston ! Après, si le PS décide qu’il faut un porte-parole adjoint, je prends. J’accepte aussi l’idée que le PS n’ait plus besoin de moi. Je sais que ma parole peut cliver… Même dans mon propre camp !

Julien Dray laisse entendre que ses ennuis judiciaires vous ont servi notamment pour décrocher cette place pour les régionales ?
J’ai entendu Julien Dray dire ça à 3 ou 4 reprises. Mais c’est une place dans les Yvelines que j’ai, pas en Essonne. Preuve que tout ça était bidon. Preuve, une nouvelle fois, qu’en ce qui me concerne, on s’est trompé…

Vendredi 30 Octobre 2009 - Gérald Andrieu - Marianne

Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 22 octobre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche
Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 7 octobre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche

Posté par Rémi LefebvreFaire de la politique ou vivre de la politique ?

Résumé de l’article paru dans Le Monde Diplomatique (octobre 2009) publié avec l’autorisation de son auteur.

Exclus durablement du pouvoir national, les partis de l’ex-gauche plurielle se sont repliés sur leurs bases locales et sur leurs réseaux d’élus, s’accommodant d’une situation qui leur assure de nombreux postes à répartir. Le PS, les Verts et le PCF sont ainsi devenus des machines électorales, performantes sur le plan local, où les intérêts des professionnels de la politique sont devenus dominants. La gauche ainsi notabilisée consacre le processus de professionnalisation de la politique qu’elle cherchait à mettre en cause.

Les élections européennes passées, l’agenda des partis de l’ex-gauche plurielle est dominé, en cette rentrée, non par la crise économique et sociale, mais par les préparatifs des élections régionales et l’épineuse question de la composition des listes. Le mode de scrutin proportionnel confère aux partis politiques un rôle essentiel dans cette élection qui leur permet de rétribuer ou de reconvertir tout un ensemble de responsables (anciens élus battus, aspirants à la carrière politique sans ancrage municipal, collaborateurs ou proches d’élus, adjoints de grandes villes, responsables de courants…). Les associés-rivaux socialistes, écologistes et communistes ont beaucoup à perdre ou à gagner dans ces élections régionales. Les socialistes cherchent à préserver la quasi-totalité des régions (20 sur 22) qu’ils dirigent depuis leur écrasante victoire de 2004. Quelques jours après les élections européennes, Martine Aubry a déjà concédé aux présidents de région sortants une grande liberté dans les stratégies d’alliance locales et la composition des listes pour permettre de conserver le maximum de régions. Le pragmatisme électoral sera dès lors de mise. Les Verts dont la structuration locale dépend de leurs 170 élus régionaux entendent capitaliser leur victoire aux élections européennes et construire un nouveau rapport de forces avec le PS en vue des prochaines élections législatives. Le PCF enfin hésite entre la poursuite du Front de Gauche et une alliance classique avec le PS, moins aventureuse, qui aurait l’avantage de lui assurer d’emblée un minimum de mandats. L’intérêt des appareils politiques prime ici sur toute autre considération : les enjeux internes à la gauche ont pris le pas sur les enjeux externes et les intérêts des groupes que la gauche est censée défendre.

Depuis 2002, la gauche se trouve dans une situation paradoxale. Affaiblie nationalement, écartée de la sphère du pouvoir central, idéologiquement dominée, privée de toute perspective structurante, elle n’a jamais autant prospéré localement. Le PS et les Verts ont accru de manière considérable leurs nombres d’élus dont les pouvoirs ont été renforcés avec la décentralisation. Le PCF dont les scores aux élections présidentielles sont catastrophiques parvient à maintenir un groupe parlementaire grâce à ses maires et survit grâce à ses réseaux d’élus. La « logique des élections intermédiaires » qui pénalise aujourd’hui les gouvernements de droite en place profite à la gauche. En rééquilibrant localement le partage du pouvoir, elle assure une rente de situation aux partis de gauche qui font ainsi vivre des milliers de professionnels de la politique dont les logiques de carrière pèsent en retour sur les stratégies partisanes. Le développement de l’intercommunalité depuis 1999 (communauté de communes, d’agglomération, communauté urbaine), dans un total déficit démocratique, a contribué à considérablement augmenter les indemnités électives et à professionnaliser un nombre croissant d’élus de plus en plus nombreux à vivre de et pour la politique [1].La question sensible des indemnités et des carrières, souvent occultée et déniée publiquement, joue en coulisses un rôle essentiel et surdétermine tout un ensemble de prises de positions et de stratégies. Le PS est par exemple incapable de forger une position commune sur la question de la réforme des collectivités territoriales tant les intérêts départementalistes et régionalistes de ses élus divergent.

La gauche se structure ainsi de plus en plus par rapport à cette spécificité française institutionnelle : le nombre considérable de mandats électifs liés à l’empilement des collectivités locales. C’est d’ailleurs ce marché des postes électoraux que Nicolas Sarkozy cherche à tarir dans la réforme des collectivités locales qui doit être un temps fort de la fin de son mandat. La création du mandat de « conseiller territorial » doit permettre de réduire le nombre de postes de conseillers régionaux et cantonaux de 6000 à 3000.

Il est convenu depuis quelques années de parler de « la crise » du PS confronté à des problèmes de « leadership », de divisions permanentes, la démobilisation de ses militants… Mais cette « crise » est toute relative. De nombreux socialistes ne connaissent pas la « crise » et se sont repliés dans le confort de leurs bastions. Le PS vit plutôt une crise de croissance locale qui a vampirisé le centre partisan. Jamais le PS n’a compté autant d’élus. Depuis la défaite présidentielle de 2002, le PS a considérablement renforcé son implantation locale.

(…) Dans ce contexte, chez de nombreux dirigeants socialistes, les vieux réflexes « molletistes » resurgissent : « Laissons le pouvoir à la droite, il y a trop de coups à prendre dans un environnement économique hostile à la social-démocratie, replions nous sur nos positions locales qui font vivre le PS ». Les élus en place mesurent bien qu’une hypothétique victoire socialiste aux prochaines élections présidentielles aurait mécaniquement, par la logique des « élections intermédiaires », des effets négatifs sur leur ancrage local. Ils se désolidarisent ainsi du devenir national de leur organisation et cultivent leurs fiefs. Mais le pouvoir local pour quoi faire au juste ? Ces bases locales n’apparaissent pas aujourd’hui comme des leviers de politisation. Les contours du « socialisme municipal » apparaissent aujourd’hui particulièrement flous. Le local, pourtant doté de marges de manœuvre réelles avec la décentralisation, malgré le désengagement de l’Etat, n’apparaît plus comme un levier de transformation sociale (comme ce fut le cas dans les années 70). On se défend de « faire de la politique » au niveau local, pensé comme relevant essentiellement de la gestion. Le programme socialiste municipal de 2007 n’était qu’une vague déclaration de principes qui n’inspira que secondairement les candidats locaux. Les régions arrachées à la droite en 2004 devaient constituer des « vitrines » du socialisme. Il n’en fut rien. Que sont devenus par exemple les « emplois tremplins » ? L’apolitisme tient souvent lieu de projet dans le discours d’élus qui cherchent avant tout à conforter leur implantation et répugnent à tout marquage partisan trop net de leur action.

Le PS et ses notables furent longtemps un contre-modèle pour les écologistes. Un même processus de professionnalisation les affecte pourtant, sur une population militante plus limitée. Il est loin le temps où les écologistes défendaient « la politique autrement » et cherchait à subvertir le jeu politique professionnel. Les Verts ont longtemps cultivé une forte méfiance à l’égard de la politique traditionnelle et des principes de la délégation politique (logique de carrière, concentration du pouvoir, personnalisation, leadership…) Ils ont un temps expérimenté des formes alternatives d’exercice des mandats (refus du cumul, pratique du tourniquet…) un peu comme les partis ouvriers avaient tenté de le faire à la fin du XIXe siècle. Ces velléités n’existent plus. Les Verts, convertis au « réalisme » électoral, se sont normalisés et ont pleinement intériorisé les règles du jeu de la démocratie représentative telle qu’elle est [2]. La rotation des mandats n’est plus appliquée. Le cumul des mandats est toléré et largement pratiqué même si les statuts du parti, non respectés, le réglementent toujours [3] Noel Mamère est député-maire de Bègles depuis trois mandats et Dominique Voynet, après s’être engagée à ne pas cumuler, est devenue, suite aux dernières élections municipales, sénatrice-maire de Montreuil. Cette pratique du cumul est justifiée par les arguments traditionnels de ses défenseurs. Est invoqué qu’il faut mettre en avant des personnalités connues, reconnues et compétentes.

(…)

La problématique du PC est un peu différente. On observe certes un renforcement du pouvoir des élus dans un parti qui cherchait historiquement à les contrôler pour éviter toute dérive de personnalisation notabiliaire (le cumul était globalement interdit jusque dans les années 70). Le parti communiste retrouve « l’implantation en archipel » qui était la sienne dans l’entre-deux-guerres : son électorat se dénationalise et se rétracte sur ses bases locales. Le parti s’appuie sur ses élus, poursuivant par là une stratégie d’amortissement du déclin dont le prix est leur large autonomie. Cette posture de survie explique très largement le grand écart du PC pris entre sa proximité idéologique avec l’extrême gauche et la stratégie de préservation des positions locales que permet (pour combien de temps ?) la stratégie d’alliance avec le PS.

L’historien du parti communiste Roger Martelli analyse les écueils de cette stratégie (entretien juin 2009) : « On est dans une situation d’entre deux. Il s’agit de maintenir le capital d’élus pour sauver l’appareil, coller au PS pour préserver les positions locales. Mais enrayer le déclin plus que de reconstituer de nouvelles dynamiques, c’est une démarche défensive. Le poids de la question électorale et des intérêts locaux s’est incontestablement renforcé mais ils sont conçus comme une condition du maintien de l’appareil qui demeure le noyau considéré comme nécessaire de l’organisation communiste. Le parti cherche à avoir des élus, leur poids s’est accru mais le poids dans les organismes de direction n’a pas grandi. La structure partisane verticale et hiérarchique reste une culture enracinée dans le parti. En même temps, les responsables de parti sont devenus élus, ce qui a toute une série d’effets. Les régionales de 1998 ont été de ce point de vue un tournant. La consigne a été de mettre systématiquement les secrétaires fédéraux sur les listes. Ils sont pris des responsabilités dans les exécutifs. C’est une rupture. C’est une manière de salarier sur des fonctions électives des permanents. Jusque là, les secrétaires fédéraux restaient en retrait des responsabilités gestionnaires pour se consacrer au parti. On entendait alors beaucoup ‘moi, si je ne suis pas élu, je n’ai plus de poste de permanent mais ma fédération éclate ou se désagrège’ ». De nombreux élus d’origine ouvrière qui vivent de la politique depuis longtemps craignent un retour à la vie professionnelle qui leur poserait de redoutables problèmes de reconversion.

De fait, aujourd’hui le fonctionnement et la viabilité du PC dépendent de ses élus. Les contributions des élus représentent plus de la moitié des ressources du parti pour l’exercice 2007 (un peu plus de 17 millions d’euros sur des ressources s’élevant à 32 millions), les cotisations d’adhérents représentant 3 millions d’euros et le financement public 3,7 millions. Le PCF est de loin la formation dont la contribution des élus au fonctionnement est la plus forte (en 2007, 17 millions pour le PCF, 1,8 million pour l’UMP et 12 millions pour le PS). Le PCF revendique près de 10 000 élus locaux et 500 municipalités[] de toutes tailles, dont 89 dans des villes de plus de 9 000 habitants[]. Au total, les institutions locales tiennent les partis de gauche beaucoup plus que l’inverse.

(…)

Cette professionnalisation est aussi un obstacle à la recomposition de la gauche. Le patriotisme de parti est à la mesure des intérêts de carrière. Les stratégies individuelles de maintien de position élective priment avant tout et confortent les stratégies d’appareil.

Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille2, co-auteur avec Frédéric Sawicki de La société des socialistes, Editions du Croquant, 2006

[1] Les indemnités des élus locaux ont connu une hausse très forte ces dernières années : plus 50,5% entre 2000 et 2001, plus de 37,1% en 2002 et plus 13,4% en 2003. Les exécutifs des intercommunalités sont pléthoriques comme le dénonce régulièrement la Cour de Comptes.

[2] Voir sur cette question, Willy Pelletier, « Positions sociales et procès d’institutionnalisation des Verts », Contretemps, 4, 2002. Quelques règles subsistent.

[3] Le cumul des mandats constitue une véritable assurance-vie politique et un réducteur d’incertitude électorale. Il permet de construire l’inamovibilité électorale en renforçant l’implantation locale, en neutralisant la concurrence ou en permettant de rester dans le jeu en cas de perte d’un des mandats. C’est une donnée structurelle du jeu politique.

Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 7 octobre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche

Interview Benoît Hamon à l'université de rentrée

06 Octobre 2009 Par acturevue - Mediapart.fr


ActurevueÊtes-vous satisfait de cette université de rentrée de votre courant et d’autres responsables de la gauche ?

Benoît Hamon: Oui très. Je le suis par la réaction qu'ont eu tous les camarades socialistes qui y étaient présents. Cela a permis, sur un débat comme celui de la redistribution, de montrer que les postures politiques que l'on a beaucoup entendues à la fête de l'Huma, de la part de Mélenchon et de quelques autres, selon lesquelles il y aurait deux gauches totalement irréconciliables sur le plan programmatique, sont fausses.

En effet, ici, sur un sujet aussi important que celui de la redistribution (comment  créer de la richesse, comment  la redistribuer, et comment par la redistribution  lutter contre les inégalités), nous constatons que le porte-parole du NPA, un responsable du PC, le porte-parole de la Gauche Unitaire, un responsable des Verts et un responsable du MRC parlent tous d'un pôle financier public, d'un pôle public de l'énergie, d'augmentation des salaires, d'une même politique fiscale, d'une remise en cause de la propriété privée dans le capital... On voit donc une grande proximité entre les uns et les autres et cela permet de tordre le cou à l'idée selon laquelle il y aurait deux gauches et qu'elles seraient irréconciliables. Cela montre la voie qui paraît être la plus naturelle aujourd'hui :celle du rassemblement.


Acturevue: Comment comptez-vous réussir à imposer cette idée selon laquelle la victoire en 2012 ne s'obtiendra qu'en rassemblant la gauche et non pas en s'alliant avec le MoDem ?

B.Hamon: Il faut se battre. Si notre courant UMA n'avait pas dit depuis quelques semaines qu'il ne faut pas d'alliance avec le MoDem, je pense qu'il y en aurait eu dès le premier tour des régionales.

Cela aurait été dû à la dépolitisation du Parti Socialiste ou à la course à la solution la plus simple pour être réélu. On a donc repolitisé le débat sur les alliances en disant que ce n'est pas une affaire d'arithmétique mais une affaire politique (le fait d'être allié avec quelqu'un fait que le projet politique est coloré par cette alliance).

 Or la repolitisation du débat sur les alliance a permis de dire qu'il n'y aura pas d'alliance au premier tour avec le MoDem.

Nous continuerons d'être des militants inlassables du rassemblement de la gauche car cela est plus efficace électoralement et non pas uniquement parce que cela est plus vertueux, moral ou pur; bien que cela le soit.


Acturevue: Quelle est votre position personnelle sur les primaires ?

B.Hamon: Je suis pour les primaires à gauche. Le risque est la personnalisation du débat politique; mais en même temps, ne nous racontons pas d'histoires, elle existe déjà. Moi je suis pour les primaires à gauche car dès lors que plusieurs partis acceptent d'avoir un candidat commun, cela suppose qu'ils se mettent autour de la table pour discuter du programme commun. Et avoir un candidat commun et un programme commun est la meilleure solution pour battre Sarkozy en 2012.


Acturevue: Comment gérez-vous le fait d'être porte-parole d'un parti dont vous n'êtes pas toujours en accord avec ce qu'il dit ?

B.Hamon: Il faut le gérer. Quand je ne suis pas d'accord, je ferme ma gueule. Sinon, j'essaye d'avoir une expression que je crois représentative des socialistes. L'électorat socialiste réclame une ligne claire, une ligne à gauche. J'avais par exemple dit à propos de la lutte contre les licenciements boursiers au début 2009 qu'il fallait un contrôle public des licenciements. J'avais d'ailleurs été traité « d'hérétique ».

Aujourd'hui, le PS est sur cette ligne. Il ne faut pas hésiter à le devancer même si je suis un peu seul au début comme porte-parole, mais à la fin on arrive à rassembler. Lorsque Martine Aubry parle de la mise sous tutelle des entreprises qui licencient alors qu'elles gagnent de l'argent, c'est une vraie victoire politique.


Acturevue: Que pensez-vous du G20 de Pittsburgh ?

B.Hamon: Blablabla... Si le G20 avait vraiment voulu modifier ce qu'est le fonctionnement des marchés financiers, il aurait pu le faire.

Aujourd'hui le problème c'est que les banques commerciales (celles qui ont notre argent sur un compte) peuvent être des banques d'investissement (prendre l'argent et jouer avec). Fondamentalement, la mesure la plus importante est de séparer la banque commerciale de la banque d'investissement. Elles n'auront donc plus la possibilité de vider totalement les dépôts des gens en cas de crise. Tant que cette distinction ne sera pas faite, le risque systémique demeure.

La preuve est que le sujet du G20 n'a été que d'exiger que lorsque les banques font des placements, elles aient des fonds propres suffisants, des garanties suffisantes.

Ils gardent donc le système tel qu'il est et ne veulent donc que mieux amortir les risques qui pèsent sur les banques dès lors qu'elles font des placements totalement débiles.


Acturevue: En réaction à la vidéo de Brice Hortefeux, le PS et vous, avez demandé et continué de demander sa démission. Mais Georges Frêche et Manuel Valls ne méritaient-ils pas plus de sanctions ?

B.Hamon: Il faut rétablir la vérité : c'est ce courant, UMA, qui a été à l'initiative d'une pétition exigeant l'exclusion de Georges Frêche du PS et qui a été obtenue au Bureau National. Après, ce n'est pas parce qu'il y a deux personnes chez nous qui racontent n'importe quoi qu'il faut que l'on oublie ce qu'il vient de se passer : un ministre de la république vient de dire que « Quand il y a un arabe ça va, mais quand il y en a plusieurs, ça pose des problèmes ».

Le Président de la République va tenir un grand discours sur l'emploi des jeunes mais aujourd'hui le problème est qu'il y a plein de jeunes qui n'ont pas accès à un emploi en raison des discriminations. Que devient la crédibilité de ces gens là dès lors qu'un ministre de la République a des propos racistes ?

Le problème n'est pas de nous ramener à nos affaires, je m'en fous de Manuel Valls ; il a déconné et je lui ai dit en prenant position publiquement. Le problème là, c'est Hortefeux.

Doit-il démissionner ou pas ? Oui. Valls, c'est un autre problème.


Acturevue: Votre courant UMA propose un protectionnisme européen. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

B.HamonC'est simple, on ne continuera pas à avoir une industrie et des ouvriers dans ce pays s'il n'y a pas un minimum de régulation des échanges. En effet, nos entreprises sont mises en concurrence avec d'autres entreprises où les employés sont payés 10 à 15 fois moins chers.

Or les marchandises produites par ces entreprises viennent sur nos marchés. Si l'on ne parle pas de relocalisation, de tarif extérieur commun (taxe aux frontières de l'Europe dont leur produit contribuera aussi aux investissements nécessaires dans les pays en voie de développement), et bien demain nous n'aurons plus de modèle social, plus de sécurité sociale, plus d'agriculteurs, plus d'éleveurs et plus d'ouvriers.

Je suis pour la maîtrise des échanges. L'opposition me traite de « nationaliste » parce que je demande de la protection. Mais protéger les travailleurs, c'est aussi protéger les travailleurs du monde entier et c'est une bonne chose.

 

Propos recueillis par C. Merlaud et JBR le 26/09/09

Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 6 octobre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche


Discours de clôture de Benoît Hamon

Notre université de rentrée fut un beau moment
de rassemblement qui, par son programme et son bilan, marque déjà un tournant.
Je n’avais pas prévu de commencer à m’exprimer comme je vais le faire, mais il me semble tout de même qu’il va falloir une explication avec un certains nombre de ceux absents de ce rassemblement. Et pour que l’explication soit franche, je vais dire merci au journal L’Humanité, à Sud-Ouest, à Politis, à l’AFP, à France 3 et à France Bleue qui sont venus suivre nos université de rentrée. Cependant, nous allons avoir une explication franche avec ces institutions chargées de rapporter les faits et qui ont fait le choix de bouder, pour ne pas dire boycotter, de ne pas restituer dans leurs colonnes, sur leurs antennes, ce qui s’est passé ici. Et pourtant, il y a eu près de 1500 participants à cette manifestation, plus qu’à Marseille, autant qu’à Montpellier. Et il n’y a pas eu Libération, Le Monde, Le Parisien. Nous avions un plateau d’universitaires et d’intellectuels remarquables. Au moins autant qu’à Marseille, sans doute plus qu’à Montpellier, et il n’y avait pas Europe 1, France Inter, France Info, RTL ni même RMC. Nous avons réuni autour de nous ce qui ne s’était pas fait dans une enceinte socialiste depuis très longtemps : la totalité de la gauche. Il y avait toute la gauche, mais pas TF1, pas France 2, pas Le Nouvel Observateur, pas L'Express, pas Le Point. Il nous manquait, si j’ai bien compris, une ex giscardienne.
Naïvement, j’avais pensé qu’un ex-rocardien comme moi aurait suffit. Je m’étais dit
qu’avec Pascal Cherki, ce qui se sait moins, cela faisait deux ex-rocardiens. Il nous fallait donc une ex-giscardienne, un tout petit bout de la gauche et un bon morceau de centre-droit pour réunir - l’espace de quelques heures - tous ces absents.

[...]

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Vendredi 2 octobre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche
Cher-e-s Camarades,
Cher-e-s Ami-e-s,

Les vidéos des universités de rentrée Un monde d'avance sont désormais disponible sur le site unmondedavance.eu sous la forme d'un jukebox : http://www.unmondedavance.eu/article.php3?id_article=400

et individuellement :

Les fondamentaux de la gauche
formation de Philippe Darriulat, historien


http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xanldw_philippe-darriulat-les-fondamentaux_news

Quel projet pour Copenhague ?
table ronde animée par Yann Librati avec Marie-Noëlle Lienemann, Thierry Le Pesant, Isabelle Thomas


http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xanm6k_quel-projet-pour-copenhague_news

La propriété privée contre le progrès ?
table ronde animée par Pouria Amirshahi avec David Cayla, Stéphane Delpeyrat, Pierre Cours Salies, Philippe Gasparotto


http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xano60_la-propriete-contre-le-progres_news

La bataille des idées
atelier animé par Emmanuel Maurel avec Caroline Fourest, Gérard Contremoulin, Pascal Binczak, Aquilino Morelle


http://www.dailymotion.com/videos/unmondedavance/1

Quelle politique pour sortir de la crise ?
table ronde animée par Paul Cuturello avec Paul Jorion, Liêm Hoang Ngoc, Henri Emmanuelli


http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xanq7x_quelle-politique-pour-sortir-de-la_news

Convergences à gauche : répartir les richesses
table ronde animée par Benoît Hamon avec Olivier Dartigolles (PCF), Pierre-François Grond (NPA), Etienne Butzbach (MRC), Christian Piquet (Gauche unitaire), Daniel Hegoburu (Verts), Pierre Cours Salies (La fédération)


http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xanl1k_convergences-a-gauche-repartir-les_news

Point sur les mobilisations : La Poste par Razzy Hammadi, l'éducation nationale par Bruno Julliard et la mobilisation du 17 oct. pour le droit des femmes par Caroline de Haas

http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xanc5t_razzy-hammadi-intervention-la-poste_news

http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xanr54_bruno-julliard-education_news

http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xanrm9_caroline-de-haas-feminisme_news

Meeting pour la préservation de l'emploi par Henri Emmanuelli

http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xamlkx_henri-emmanuelli-universites-un-mon_news

Meeting pour la préservation de l'emploi par Benoît Hamon


http://www.dailymotion.com/user/unmondedavance/video/xamq2n_benoit-hamon-universites-de-rentree_news

Retrouvez aussi sur le site les deux clips diffusés pendant les universités : "Pourquoi ont-ils tué Jaures ?" par Zebda et "Debout là d'dans" par le Ministère des affaires populaires : http://www.unmondedavance.eu/article.php3?id_article=400
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Mercredi 30 septembre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche

Benoît Hamon « Le PS reconstruit une doctrine et des réponses politiques »

Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste et animateur du courant « Un monde d’avance », l’aile gauche de son parti, répond à nos questions.

Martine Aubry veut recentrer le PS sur son projet, mais vous semblez peiner à en proposer un contenu concret… Les divergences au sein du PS sont-elles trop fortes ?

Benoît Hamon. Je ne crois pas, même s’il y a des débats comme dans tous les partis de gauche. Le PS reconstruit une doctrine et des réponses politiques. Par exemple sur la question salariale. Depuis des années, le PS s’était laissé aller à une forme de conversion aux thèses de la modération salariale. Nous ne traitions cette question qu’au travers des compléments de type prime pour l’emploi, RSA… Nous acceptions l’idée que l’on soit sous-payés au travail et que la collectivité apporte le complément ! Aujourd’hui, Martine Aubry se prononce pour que les salariés obtiennent la part de richesse qui leur revient. Nous progressons sur le fond. Focalisés, hier, sur la question d’une alliance avec le Modem, on parle maintenant des salaires, de mise sous tutelle des entreprises qui licencient en faisant des bénéfices, de la création d’un pôle financier public… Le PS fait évoluer sa doctrine.

Vous parliez du Modem, la stratégie du PS n’apparaît pas clairement… Votre avis semble même divergent de celui de Martine Aubry qui ne ferme pas tout à fait la porte à une alliance.

Benoît Hamon. Le refus de cette alliance est le point d’équilibre entre notre motion, celle de Martine Aubry et celle de Bertrand Delanoë lors du congrès de Reims. Je ne crois pas que l’on ait intérêt à cultiver la confusion. Une grande part de l’électorat du Modem s’est construite sur l’antisarkozysme et se reportera probablement sur nous au second tour sans qu’il y ait besoin d’accords d’appareil. Par ailleurs, le Modem est clairement d’inspiration économique libérale. On le voit lorsqu’il propose de transférer 5 points de PIB des ménages vers les entreprises ou de rendre inconstitutionnels les déficits publics ! Difficile de composer avec un parti qui considère qu’il faut attendre soixante-sept ans pour partir à la retraite et qui ne pose en aucun cas la question de l’élargissement de l’assiette des cotisations et la contribution des revenus financiers…

Des positions que certains partagent au PS…

Benoît Hamon. Oui, il y en a dans mon parti, je crois d’ailleurs qu’il s’agit souvent de postures. Mais même ceux qui composent l’aile sociale libérale n’épousent pas le programme du - Modem.

Dans ce contexte, vous défendez l’idée d’une primaire à gauche pour 2012, pourquoi ?

Benoît Hamon. Je milite pour un processus qui permette d’aboutir à un programme commun de toute la gauche. J’entends le risque de personnalisation avec une primaire. Je pense qu’il faut donner à la question sa juste place et ne pas occulter les débats de fond. Mais la pipolisation est déjà là. C’est une donnée. On peut espérer qu’avec un candidat de toute la gauche, adossé à un vrai projet politique, le phénomène soit freiné. Dans tous les cas, laisser gagner l’idée qu’il y aurait deux gauches inconciliables reviendrait à faire le jeu de Nicolas Sarkozy.

Entretien réalisé par F. D.

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Mercredi 30 septembre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche
Ils veulent tirer le Parti socialiste à gauche
PS . Réunis ce week-end pour leur université de rentrée, les amis de Benoît Hamon se proposent de rassembler la gauche.

Vieux-Boucau (Landes), L'Humanité - lundi 28 septembre 2009

envoyé spécial.

Boudé par les principaux médias qualifiés d’« auxiliaires de la communication du pouvoir » par Benoît Hamon, le courant « Un monde d’avance » a réuni quelque 1 500 militants ce week-end dans les Landes. Simple faire-valoir, caution de gauche d’un PS qui a perdu l’essentiel de son influence dans les milieux populaires ou force capable de réorienter en profondeur la politique du parti ? Si la gauche du Parti socialiste se reconnaît volontiers dans la dernière proposition, elle ne peut faire l’impasse sur les tiraillements internes et la volonté d’une partie des siens de privilégier une alliance avec le Modem dès les régionales. Pour rassembler la gauche, on s’est donc concentré sur les convergences possibles. Contrairement à La Rochelle, où le NPA n’était pas invité, Benoît Hamon et Henri Emmanuelli ont convié, à gauche, tous les partenaires potentiels du PS autour d’une table ronde pour discuter « répartition des richesses ». Objectif revendiqué ? Que la « majorité sociale devienne une majorité politique ». Et pour y parvenir, on rejette ici violemment l’idée qu’il puisse exister « deux gauches, irréconciliables ». « On est toujours le réformiste ou le révolutionnaire de quelqu’un », ironise à ce propos Benoît Hamon. D’autres vont plus loin et rêvent d’un grand parti de toute la gauche : « Valls comme l’ultragauche n’en seraient pas » prédit l’un des animateurs du courant, Gérard Filoche. Pointés, pour souligner l’urgence d’un rassemblement sans exclusive à gauche, les ravages imputables aux réformes conduites par la droite « ne sont rien d’autre qu’une politique de classe », insiste Benoît Hamon, qui évoque tour à tour l’augmentation du forfait hospitalier, l’imposition des indemnités liées aux accidents du travail ou la taxe carbone, qui pénalisera « ceux qui n’ont d’autres choix qu’utiliser le fioul pour se chauffer ou leur voiture pour se rendre à leur travail ». Les 18,5 % réalisés par la motion du courant de gauche lors du congrès de Reims valaient de l’or. Martine Aubry ne pouvait alors conquérir le pouvoir sans l’appoint de ces militants, qui conservent intact l’espoir de tirer vers la gauche le PS. Un pari que d’autres avant eux, autour de Jean-Luc Mélenchon avaient tenté, en vain. L’entrée en force dans les instances de direction, depuis le congrès, de responsables de l’aile gauche du parti sera-t-elle, cette fois, un gage de réussite ?

Frédéric Durand

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Lundi 28 septembre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche

Henri Emmanuelli - Universités Un monde d'avance

envoyé par unmondedavance. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

Emmanuelli : rassemblement à gauche possible "sans chercher sur notre droite"
AFP 27.09.09 | 10h53



Le rassemblement de la gauche est possible "sans chercher sur notre droite", a assuré dimanche au Vieux-Boucau (Landes) le député PS Henri Emmanuelli, à l'issue des "universités de rentrée" de son courant "Un monde d'avance".

Les travaux de ces "universités" du courant que M. Emmanuelli anime au sein du Parti socialiste avec Benoît Hamon, porte-parole du PS, ont réuni des "représentants de toutes les sensibilités de gauche, y compris le NPA" d'Olivier Besancenot, a souligné Henri Emmanuelli, président du conseil général des Landes.

Les débats, organisés depuis vendredi dans la cité balnéaire landaise, ont démontré que, pour tous ces participants, "les objectifs sont les mêmes, à part quelques nuances avec les écologistes ou le NPA", a indiqué à l'AFP le député des Landes.

Le scrutin des européennes, "un échec pour le PS", s'est traduit par une "redistribution des voix au sein de l'électorat de gauche, mettant à mal la place centrale du PS comme principal parti d'opposition", ont estimé MM. Emmanuelli et Hamon, dans un communiqué distribué lors de cette rencontre.

"Cet avertissement appelle une dynamique de rassemblement de la gauche qui permette de nous dépasser dans un but de reconquête du pouvoir lors de l'élection présidentielle" de 2012, ajoute ce texte, appelant à "redonner du souffle aux militants et aux sympathisants de gauche, las des impasses dans lesquelles nous les avons menés".

"Dans une période de crise, traduction d'un modèle à bout de souffle, nous devons être ceux qui travaillent à un nouveau paradigme pour la gauche (...) nos universités seront le point de départ de cette refondation", poursuivent les deux signataires, appelant au concours de "toutes les familles de la gauche qui partagent cet objectif".

Citant Jean Jaurès, Henri Emmanuelli a par ailleurs dénoncé les "mensonges triomphants" pour contester notamment les résultats "peu sérieux" de la réunion du G20 à Pittsburgh (Etats-Unis), assurant que "sans une action sur le pouvoir d'achat, on retombera sur une nouvelle crise financière".

Ces "universités", auxquelles "tous les partis de gauche" ont été invités, ont réuni plus d'un millier de militants et sympathisants, selon les organisateurs, ainsi que des syndicalistes de Goodyear à Amiens et des représentants de grandes confédérations syndicales.

Elles ont été consacrées notamment à la précarité, aux licenciements, aux délocalisations et à la redistribution des richesses, afin, selon Benoît Hamon, d'avoir "une approche honnête et sincère de cette question du rassemblement de la gauche, débarrassée des postures et des surenchères".

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Lundi 14 septembre 2009
- Publié dans : Réinventer la Gauche
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