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Education

Jeudi 23 avril 2009
- Publié dans : Education
Point de vue
Le divorce est consommé entre les universitaires et le gouvernement, par Bertrand Monthubert
LE MONDE | 23.04.09 | 17h27

epuis plus de deux mois, le conflit universitaire que nous vivons a atteint un point de non-retour. En allant au bout d'une politique qui renie les principales valeurs du monde du savoir, Nicolas Sarkozy et la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, chantres de la rupture, sont en instance de divorce avec les universitaires et chercheurs.

En publiant, en pleines vacances scolaires, le décret sur le statut des enseignants-chercheurs qui continue à soulever les protestations, c'est un divorce pour faute grave aux torts exclusifs du gouvernement. Car c'est la capacité des universitaires à développer la recherche, le rôle des organismes comme le CNRS dans la politique scientifique nationale, l'avenir des jeunes chercheurs, et la qualité de la formation universitaire qui sont en jeu. Ici se joue la France de demain.

Comment sortir de l'impasse ? La gauche, le Parti socialiste le répètent depuis des semaines. D'abord, en suspendant les réformes incriminées, notamment sur le statut des enseignants-chercheurs, la formation des enseignants, les organismes de recherche, le contrat doctoral, et en rétablissant tous les emplois supprimés.

RÉFORMES COLLECTIVES

L'emploi scientifique : voilà un enjeu majeur ! Alors que le doute sur notre avenir monte dans le pays, voilà que notre gouvernement sacrifie les emplois qui façonneront la France de demain. Et tout cela au nom d'une promesse de campagne, la suppression d'un poste de fonctionnaire sur deux, qui était déjà mauvaise lorsqu'elle a été formulée, mais devient ignoble lorsque la crise est là. Face à cette crise, il faut soulager le présent, grâce à des services publics qui fonctionnent bien, et préparer l'avenir, en investissant dans l'éducation et dans la recherche.

Mais suspendre les réformes, rétablir les emplois, n'est pas suffisant. Nous devons refonder entièrement la politique d'enseignement supérieur et de recherche. C'est à cela que le Parti socialiste s'attelle : depuis plusieurs semaines nous avons lancé, avec nos partenaires du PCF et des Verts, une grande consultation.

Nous avons entendu des représentants des étudiants, des universitaires, des chercheurs, des présidents d'université, des directeurs d'IUT, des directeurs de laboratoire, nous écouterons dans les jours qui viennent des responsables d'école d'ingénieurs, de classes préparatoires, des industriels...

Nous établissons un dialogue riche avec une communauté qui a perdu confiance envers le gouvernement, puis nous proposerons des réformes élaborées collectivement, prenant en compte à la fois les principes généraux qui régissent le fonctionnement des universités et laboratoires dans le monde, comme la collégialité et la liberté d'initiative scientifique, et qui seront adaptées à la complexité et à la diversité des situations géographiques et disciplinaires.

Ces réformes vont s'appuyer sur quelques grandes orientations, qui ont été définies par Martine Aubry dans sa lettre ouverte aux étudiants et personnels des universités et organismes de recherche. Notamment, le remplacement de la loi LRU et de la loi sur la recherche de 2005 par une loi de développement de l'enseignement supérieur et de la recherche, l'amélioration de l'encadrement pédagogique dans les universités, l'allocation d'autonomie pour les jeunes, le développement de la coopération entre les universités petites ou grandes à l'intérieur de pôles territoriaux, le rapprochement entre les universités et les classes préparatoires et les écoles, le renforcement de l'indépendance des universitaires et des chercheurs vis-à-vis des intérêts privés, l'autonomie des organismes de recherche, le plan pluriannuel de l'emploi scientifique.

Cette démarche ouvre la voie pour sortir de la crise actuelle, que la propension du gouvernement à passer en force ne fait qu'attiser. Elle donnera au monde du savoir la place qui est la sienne dans une civilisation : terreau de l'émancipation des hommes et des femmes, ferment de notre développement économique et social ; générateur de notre avenir, tout simplement.


Bertrand  Monthubert est mathématicien, secrétaire national du PS à l'enseignement supérieur et à la recherche.

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Mercredi 14 janvier 2009
- Publié dans : Education

Cergy - Darcos chahuté par les profs à l’Essec

D.P. | 14.01.2009, 07h00 - Le Parisien Val d'Oise
 

C’est sous les huées des enseignants que Xavier Darcos a fait son entrée dans l’amphithéâtre de l’Ecole supérieure de commerce (Essec) de Cergy, hier à 20 h 30. « Je suis habitué à ce qu’il y ait des gens mécontents de ma politique. Je suis prêt à l’expliquer et je souhaite qu’on puisse se parler… » a déclaré le ministre de l’Education nationale, en préambule au débat sur la réforme de l’école.

Des dizaines d’enseignants avaient pris place au milieu des étudiants. La première prise de parole du ministre a toutefois été ponctuée de timides applaudissements se mêlant au brouhaha des mécontents. Venu débattre à l’invitation des étudiants, dans le cadre des Mardis de l’Essec, Xavier Darcos était attendu dès 19 h 30 par une centaine de manifestants postés à l’entrée de l’école. Aux côtés des professeurs, des étudiants de l’IUFM, des jeunes socialistes et une poignée d’élus PS de Cergy et de Menucourt, ceints de leur écharpe tricolore. « Seuls dix nouveaux postes d’enseignants sont prévus pour faire face à une augmentation de 1 103 écoliers », indiquait Kamel Ould Bouali, le représentant des instituteurs. Deux chiffres tirés du Comité technique paritaire académique (CTPA), qui se tenait la veille à Versailles (Yvelines).
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Mardi 13 janvier 2009
- Publié dans : Education
Ne laissons pas brader le service public d'éducation.
 
 
 
Réservons le "meilleur accueil" à DARCOS et à ses réformes !!! 
 
Mardi 13 janvier à partir de 19 heures 30
Devant l'ESSEC de Cergy (entre l'IUFM et la Préfecture)
Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 12 décembre 2008
- Publié dans : Education

Rassemblement devant la Préfecture de Cergy Mercredi 17 décembre de 16h30 à 17h30

Pour défendre le Service Public d’éducation, des actionsregroupant les enseignants, les parents et des acteurs locaux semultiplient pour exiger d’autres choix pour l’école de la maternelle àl’université.

Pour rendre visibles toutes les actions dans le Val d’Oise (suspension temporaire de l’aide personnalisée, rencontres avec les parents et les partenaires de l’école, manifestations locales, occupation des écoles et des établissements…) les syndicats de la FSU (SNUipp, SNES, SNEP) le SGEN-CFDT et la FCPE, organisent un rassemblement devant la préfecture de Cergy le mercredi 17 décembre de 16h30 à 17h30 à l’occasion du prochain CDEN (conseil départemental de l’éducation nationale, où siègent représentants de l’administration, des parents, des enseignants et des élus).

Le CDEN est une instance présidée par le Préfet et l’Inspectrice d’Académie du Val d’Oise. Lors du CDEN du 17 décembre, ils doivent effectuer un bilan de la rentrée 2008 (1er et 2nd degré) et annoncer des perspectives pour la prochaine rentrée dans le

Val d’Oise. C’est donc le lieu tout naturel pour faire remonter l’appréciation que nous portons sur les décisions, les projets du ministre et défendre l’avenir de l’école en exigeant un

Un monde d'avance - Val d'Oise

changement d’orientation et des mesures lui permettant de répondre aux défis à venir.

Nous appelons tous les enseignants et les parents à participer massivement à ce rassemblement et toutes les organisations qui se reconnaissent dans cette démarche à se joindre à cette initiative.

Nous demandons à toutes et tous de porter un gilet fluo de sécurité et d’apporter une bougie (ou photophore, lampion, torche …) pour manifester devant la Préfecture en signe de protestation contre les mesures ministérielles et pour demander symboliquement au ministre de sortir de son obscurantisme.

"Un monde d'avance Val d'Oise" avec le Parti socialiste soutient bien évidemment cette initiative et appelle ses militants à s'y joindre massivement.

Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 20 octobre 2008
- Publié dans : Education

Benoît Hamon en grande discussion avec Christophe Borgel et Philippe Dariulat

Benoît Hamon au milieu de la foule

Benoît Hamon répond à la presse (écrite ?)

Pascal Cherki est là aussi

Fanny Boyer harangue les rangs des socialistes

Comme quoi on peut manifester et avoir de belles lunettes comme Fanny...

Gérard Filoche

Bruno Julliard en pleine conversation avec Benjamin Vételé (Michaël Parpillat, en casquette à droite)

Bernard Mathonnat regarde défiler les syndicats

Bernard Mathhonat en compagnie de Pascale Didine
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Jeudi 10 juillet 2008
- Publié dans : Education

“L’école au centre” par Philippe MEIRIEU

leducationcouv.jpg Découvrez en exclusivité les premières pages du nouveau livre de Philippe MEIRIEU et Pierre FRACKOWIAK “L’éducation peut-elle être encore au coeur d’un projet de société” Dans cet ouvrage qui vient de paraitre aux éditions de l’aube (www.aube.lu) Philippe Meirieu revient sur la politique de l’éducation en France et, notamment dans son introduction, sur la politique menée depuis 2002.
Télécharger l’introduction de Philippe Meirieu “L’école au centre”

Ceux et celles qui croient que les évolutions engagées dans l’Éducation nationale depuis 2002 vont permettre de revenir à un âge d’or où les élèves maîtrisaient tous parfaitement notre langue, respectaient religieusement les adultes et vivaient au quotidien les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, se trompent et nous trompent gravement. D’une part, parce qu’ils succombent à une illusion rétrospective et ignorent toute la part de « pédagogie noire » que la République n’était pas parvenue à éradiquer : ils idéalisent un passé qui, certes, avait, de haute lutte, réussi à imposer l’instruction obligatoire, la séparation de l’église et de l’État, la formation des maîtres du premier degré…mais qui laissait subsister de graves injustices sociales et de terribles violences institutionnelles.

De plus, les nostalgiques ferment les yeux sur les transformations considérables qui sont intervenues dans nos sociétés : ils ignorent le poids des réalités économiques et urbanistiques, des problèmes culturels, de l’impact des médias. Ils ne voient pas la montée des tensions qui affectent gravement le lien social et compromettent la disponibilité des élèves aux savoirs. Ils imaginent ainsi qu’ils pourront traiter les problèmes d’aujourd’hui avec
les solutions d’hier… Et cela sans avoir à interroger les raisons qui président au délitement de notre société : montée du libéralisme sous toutes ses formes, exploitation débridée de l’enfance et de la jeunesse par les industries marchandes, crise de la parentalité, exhibition, au plus haut sommet de l’État, de contre-modèles républicains érigeant le caprice en vertu et remplaçant les valeurs de l’École par celles du showbiz.(…)
Pour lire la suite, télécharger l’introduction de Philippe Meirieu “L’école au centre”
Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 2 juillet 2008
- Publié dans : Education

Placer l’éducation au cœur des reconquêtes et de la transformation sociale

déposée par

Charlotte Brun, membre titulaire du Conseil national, adjointe au maire d’Ecouen (95), Conseillère régionale d’Ile de France
&
Frédéric Faravel, secrétaire de la section Plaine de France, membre du bureau fédéral du Val d'Oise, membre du bureau de l'union régionale Île-de-France


chapeau :

Nous devons permettre à chacun de se doter des meilleurs outils pour comprendre. Certains voudraient que l'école se réduise à ses fondamentaux : lire, écrire compter. D'autres souhaiteraient ne lui assigner qu'une finalité économique.

L'éducation a pour mission d'émanciper des déterminismes. Il s'agit de doter les citoyens d'outils pour analyser et comprendre le monde. Aujourd'hui, repenser la laïcité signifie de promouvoir l'esprit critique face au du modèle consumériste.

Mobiliser les consciences, s'interroger sur la marche du monde, sur le devenir de chacun plus que sur la concurrence des marques et des logos : voilà aujourd'hui l'enjeu de l'éducation.

L'école doit retrouver dans un projet progressiste 3 fonctions qu'elle a peu à peu perdues :

  • Donner à voir et à critiquer, apprendre à distinguer savoir et certitudes ;

  • Transmettre une histoire et une mémoire, inscrire la réflexion du jeune citoyen dans une épaisseur temporelle pour en retirer les leçons ;

  • Apprendre des relations sociales plus distanciées, apprendre la nécessité de l'arbitrage entre son intérêt particulier et l'intérêt général, et in fine être capable de comprendre l'abstraction du politique.

De la crise de l'éducation à la casse de l'éducation 

Dans un monde de plus en plus complexe, nous devons permettre à chacun de se doter des meilleurs outils pour comprendre. Certains voudraient que l'école se réduise à ses fondamentaux : lire, écrire compter. D'autres souhaiteraient ne lui assigner qu'une finalité économique. L'enjeu est aujourd'hui tout autre. L’éducation a pour mission d'émanciper des déterminismes culturels, économiques et sociaux, et de favoriser, par l'esprit critique et les capacités d'expression, une perpétuelle et large autonomie des individus. Il s'agit de doter les citoyens d'outils pour analyser et comprendre le monde.

L’école laïque doit prendre en compte ce nouveau contexte. Il s'agit de promouvoir sans concession l'esprit critique face aux diffusions du modèle consumériste. À la fin du XIXème siècle, il fallait libérer les consciences des prêches du dimanche. Aujourd'hui il est nécessaire de les libérer des nouveaux prêcheurs de la tranche horaire 19h00-21h00. Impulser une mobilisation des consciences, s'interroger sur la marche du monde, sur le devenir de chacun plus que sur la mise en concurrence des marques et des logos : voilà aujourd'hui l'enjeu que doit relever l'éducation.

Les autoritarismes se satisfont toujours de l'inculture et du développement de sous-cultures à défaut d'endoctrinement. Il n'y a de citoyens qu'instruits et donc critiques. Pour avancer sur ce terrain, au regard de la politique menée depuis 6 ans par la droite (notamment sous les ministères Robien et Darcos) et aux vues du projet de société développé par le président Sarkozy, nous voyons déjà se profiler une école dont le seul objectif serait désormais utilitariste sans aucune autre ambition que de faire des écoliers de futurs consommateurs et de futurs salariés exploités soumis docilement à la précarité.

Télécharger l'intégralité de la contribution thématique

Par F. Faravel & C. Brun - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 13 juin 2008
- Publié dans : Education

De la crise de l'éducation à la casse de l'éducation :

Dans un monde de plus en plus complexe, nous devons permettre à chacun de se doter des meilleurs outils pour comprendre. Certains voudraient que l'école se réduise à ses fondamentaux : lire, écrire compter. D'autres souhaiteraient ne lui assigner qu'une finalité économique. L'enjeu est aujourd'hui tout autre.

L'éducation a pour mission d'émanciper des déterminismes culturels, économiques et sociaux, et de favoriser, par l'esprit critique et les capacités d'expression, une perpétuelle et large autonomie des individus. Il s'agit de doter les citoyens d'outils pour analyser et comprendre le monde. Repenser la laïcité s'inscrit dans cette optique. Cette laïcité s'inscrit dans un contexte nouveau et doit donc être renouvelée : il s'agit de promouvoir sans concession l'esprit critique face aux diffusions du modèle consumériste. À la fin du XIXème siècle, il fallait libérer les consciences des prêches du dimanche.

Aujourd'hui n'est-il pas nécessaire de les libérer des nouveaux prêcheurs de la tranche horaire 19h00-21h00 ? Impulser une mobilisation des consciences, s'interroger sur la marche du monde, sur le devenir de chacun plus que sur la mise en concurrence des marques et des logos : voilà aujourd'hui l'enjeu que doit relever l'éducation.

L'école doit retrouver dans un projet progressiste, socialiste et démocratique trois fonctions essentielles qu'elle a peu à peu perdue :

  • elle doit donner à voir et à critiquer, elle apprend à distinguer savoir et certitudes, elle apprend le doute ;

  • elle doit transmettre une mémoire et une histoire,des modes culturelles, et permet au jeune citoyen d'inscrire la réflexion dans une épaisseur temporelle pour en retirer les leçons du passé ;

  • elle doit former un espace « fictif » à l'image de la société politique elle-même pour permettre à l'enfant de comprendre et de maîtriser l'abstraction de la société politique.


Les autoritarismes se satisfont toujours de l'inculture et du développement de sous-cultures à défaut d'endoctrinement. Il n'y a de citoyens qu'instruits et donc critiques. Pour avancer sur ce terrain, au regard de la politique menée depuis 6 ans par la droite (notamment sous les ministères Robien et Darcos) et aux vues du projet de société développé par le président Sarkozy, nous voyons déjà se profiler une école « républicaine » (de nom seulement) dont le seul objectif serait désormais utilitariste sans aucune autre ambition que de faire des écoliers de futurs consommateurs et de futurs salariés exploités soumis docilement à la précarité.

En ce sens, la suppression de la carte scolaire - prônée jusque dans nos rangs - nous inquiète : elle ne va pas permettre d'avancer vers la mixité sociale, bien au contraire. Certes, le système actuellement en vigueur est injuste et largement détourné par les privilégiés. Mais on pouvait imaginer de réformer la carte scolaire sans la supprimer. Il serait en la matière peut-être utile que les instances régionales des conseils économiques et sociaux soient saisies de cette question et proposent un redécoupage des secteurs scolaires permettant une vraie mixité sociale : en associant par exemple des centres-ville et des banlieues, en développant des établissements sur des zones « frontalières », etc. On pouvait imaginer également une réflexion sur une politique de « bassins », plusieurs établissements (écoles, collèges et lycées) travaillant ensemble pour organiser la mixité sociale en leur sein.

Aujourd'hui, on se contente d'une suppression progressive qui va bénéficier à ceux qui sauront en profiter. Le plus inquiétant, c'est que les « bons » établissements font l'objet de très importantes demandes : on fait croire aux parents qu'ils vont pouvoir choisir leur établissement. En réalité, ce sont les établissements qui choisissent déjà les élèves.

Le système éducatif contribue à reproduire les inégalités existant dans la société : on assiste aujourd'hui à une stagnation, voire à une régression de la démocratisation de l'accès à l'enseignement et aux diplômes ! D'un côté, l'accès aux diplômes les plus prestigieux est de plus en plus réservé à une élite, qui détient un savoir « secret » ultra-discriminant, celui de « l'orientation » : elle sait quelles sont les bonnes filières, les bonnes classes préparatoires, les bonnes options. D'un autre côté, au moins 60 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans aucun diplôme.

Il faut s'attaquer au noyau dur des élèves en situation d'échec, en se donnant les moyens d'apporter à chaque problème que rencontre un élève une réponse adaptée. Certains tendent à penser qu'il existe des élèves « irréductibles » à l'acquisition des savoirs, qu'il faudrait exclure pour préserver les autres. Accepter cette fatalité, c'est renier l'exigence d'égalité. L'inégalité et l'acceptation du déterminisme commencent dans les têtes des enfants.

Le président de la République et le ministre de l'éducation ne cessent de dénoncer le pédagogisme dont ils affirment que Philippe Mérieu est le principal représentant. Cette stigmatisation n'a à nos yeux qu'un véritable objectif : écarter la vraie question, qui est « que fait-on des élèves qui ne veulent pas apprendre ? ». Les pédagogues n'ont cessé de poser cette question et le font encore obstinément. Le gouvernement actuel répond par des « y a qu'à » et « il faut que ». Il pense que s'intéresser à la mobilisation des élèves sur leurs apprentissages est de la démagogie et du temps perdu, alors que c'est la seule condition pour une véritable démocratisation. Si on ne traite pas de la question du désir d'apprendre, seuls ceux qui ont trouvé leur panoplie de bon élève au pied de leur berceau vont réussir à l'école. Sous prétexte de réalisme, la politique d'aujourd'hui tourne le dos à tous les acquis de la pédagogie. Elle est plus proche du formatage que de l'éducation, et si je devais souhaiter une chose, ce serait qu'on réhabilite le patrimoine et la formation pédagogiques dans tous les domaines. Célestin Freinet, Maria Montessori, Anton Makarenko, Lorenzo Milani, Pestalozzi, Oury, ont beaucoup de choses encore à nous apprendre. Si nous ne les écoutons pas un peu, nous allons vraiment sacrifier une génération d'élèves. Les méthodes qui ont « fait leurs preuves », ce sont eux qui les ont proposées et ce sont eux qu'il faut écouter.

Une réforme radicale des trois premières années de l'université est nécessaire. Aujourd'hui, l'université, pour beaucoup d'étudiants, c'est la jungle et le règne de la débrouille. Seuls quelques étudiants motivés et adaptés survivent. D'ailleurs, beaucoup d'entre eux préfèrent aller en classe préparatoire, en BTS ou en DUT, où ils ont le sentiment d'être mieux encadrés, mieux suivis, et mieux épaulés dans leur travail. Il faut donc penser une pédagogie totalement différente pour l'entrée à l'université, avec des petits groupes, des apprentissages méthodologiques, un tutorat systématique, des entretiens d'évaluation réguliers…

Reprendre l'offensive dans le monde enseignant :

Nous sommes donc convaincus qu'une réelle unité d'action doit se construire entre une gauche progressiste et l'ensemble des acteurs du milieu éducatif. En effet nous ne pouvons nous permettre de regarder se dégrader la situation et de constater les dégâts résultants des politiques de droite mais également agir par l'intermédiaire des organisations professionnelles et syndicales d'enseignants, des syndicats étudiants et lycéens, des mutuelles, des organisations de parents d'élèves mais nous devrons également agir en commun avec les mouvements d'éducation populaire pour ne pas baisser les bras concernant une population nombreuse qui a été quitté le milieu scolaire ou universitaire.

Attention à éviter certains faux débats… Nous ne sommes pas hostile a priori à la bivalence, dès lors qu'elle s'effectue sur la base du volontariat des professeurs. Un des problèmes majeurs des établissements du second degré aujourd'hui est la fragmentation des enseignements. L'élève n'a pas de vision globale des exigences de ses professeurs, et ces derniers ne constituent pas une véritable équipe susceptible d'assurer un suivi cohérent et une relation constructive avec les familles. Il faut penser des unités pédagogiques d'une centaine d'élèves, confiées à une douzaine de professeurs, qui y effectueraient la totalité de leur service. Ils jouiraient ainsi d'une liberté pour adapter leur enseignement aux élèves et pourraient être véritablement impliqués dans le fonctionnement de l'établissement. Concernant l'accès à la bivalence, il faut proposer aux enseignants une année sabbatique de formation en compensation de leur acceptation et de leur engagement à se former et à enseigner dans une deuxième discipline.

Le manque de reconnaissance sociale et financière des enseignants est très grave aujourd'hui. C'est l'une des principales raisons du malaise. Probablement a-t-on profité de la féminisation massive de ce métier pour ne pas trop en augmenter les salaires, ce qui est proprement scandaleux. Dans l'histoire pourtant, les professeurs n'ont guère été mieux payés qu'aujourd'hui. Mais ils jouissaient d'une estime sociale et d'un statut qui pouvaient compenser ce déficit financier. Par ailleurs, les difficultés du métier étaient moindres : aujourd'hui, on attend du professeur qu'il assume des fonctions qui ont été progressivement abandonnées par la religion, la collectivité et la famille. On attend de lui qu'il promeuve des valeurs qui sont radicalement contraires à celles de la publicité et des médias. On exige qu'il fasse réussir tous les élèves... Tout cela est, somme toute, une évolution logique sinon normale, mais qui nécessite de repenser la place de l'enseignant dans la société, la nature de ses missions, sa formation, et, bien évidemment, sa rémunération.

Il est par ailleurs désormais impératif de changer le système de recrutement pour mieux l'adapter à la réalité des écoles et des établissements. Pourquoi certains professeurs, parce qu'ils ont passé un concours plus difficile, auraient-ils moins d'heures de cours à effectuer, le plus souvent devant des élèves de centre-ville, et en étant plus payés. Il nous semble qu'il faut prendre en compte les difficultés réelles qui se posent sur le terrain et promouvoir la formation continue des enseignants. Dans ce cadre, l'agrégation pourrait être une promotion pour ceux et celles qui se sont beaucoup investis dans leur métier et ont mis en place des activités pédagogiques nouvelles et efficaces.

Par ailleurs, il faut sans doute réfléchir à l'équilibre, au sein des concours, entre les différentes épreuves. Les épreuves à caractère pédagogique sont insuffisantes et ne permettent pas vraiment de valider les compétences qui auraient été acquises dans ce domaine.

Renforcer l'éducation populaire :

Permettre à notre peuple de s’investir dans la construction de son avenir permet à la fois de le rendre partie prenante de ce projet mais aussi d’être acteur citoyen défendant l’intérêt général et mettant de côté tout intérêt particulier synonyme de division, d’individualisme, de communautarisme. Cette méthode est celle de l’éducation populaire qui s’inscrit dans une démarche républicaine.

Si l’éducation populaire peut se définir comme une pédagogie interactive où les individus sont acteurs de leur propre formation, elle est avant tout l’apprentissage de l’initiative, de la prise de responsabilité et de l’autonomie. Elle se propose de faire émerger, par des pratiques collectives de mise en situation, les ressorts, les potentialités inhérentes à chaque individu, à chaque groupe. En ce sens, l’éducation populaire incite à l’action collective, à la découverte de l’exercice du contre-pouvoir. Elle peut permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place de citoyen. Elle permet à chacun(e) de progresser et de développer, à tous les âges de la vie, une réelle capacité à vivre en société.

L’éducation populaire n’est la propriété de personne ; au contraire, elle est disponible pour tous, sans différence de classe ni de fonction. Elle suppose un effort de tous, une soif de connaître et d’écouter réciproquement, quels que soient les statuts et fonctions.

Elle est une méthode incontournable pour faire vivre la démocratie participative. Elle est l’élément indispensable de la construction d’un projet de société qui réduit les inégalités sociales, culturelles et économiques. En ce sens, elle vise à l’émancipation collective et collectivement, de tous et par tous ! L’intervention associative est d’autant plus importante qu’elle n’apparaît pas, aux yeux des citoyens, comme liée à des enjeux de postes électifs mais à la défense d’une orientation politique claire.

L’éducation populaire peut et doit être notre outil pour contribuer à faire comprendre les enjeux et la complexité des situations vécues, à faire prendre conscience aux individus de leur place et de leur rôle possible, à leur permettre d’acquérir leur autonomie afin de maîtriser les situations plutôt que de les subir. Elle contribue à la construction de la conscience individuelle et collective pour permettre la transformation sociale. L’éducation populaire, dans le prolongement de l’enseignement public, parce qu’elle permet à chacun de s’approprier une citoyenneté active, contribue à défendre et à renforcer les valeurs de la République. L’éducation populaire offre aux personnes l’outil pour redevenir des acteurs démocratiques, des porteurs de projets.

Si nous souhaitons être compris, nous devons d’abord savoir entendre les nouvelles attentes des citoyens. Ils exigent désormais des orientations politiques claires s’inscrivant dans le respect et la défense de nos valeurs républicaines socialistes. Ils exigent d’en être les acteurs. La crise politique, sociale et institutionnelle dans laquelle notre pays est entré ne peut se dénouer que par un changement radical du lien que nous entretenons avec notre peuple. Nous devons lui proposer un modèle démocratique rééquilibré. Le moment est venu de donner à la démocratie participative les moyens, y compris institutionnels, de se développer.

Cela concerne tous les segments de la vie sociale :

  • dans la cité avec la place et le rôle des conseils de quartier, les droits et obligations des élus (majoritaires et minoritaires), le droit d’interpellation citoyen tant auprès des collectivités élues que des entreprises locales, reconnaissance de la place et du rôle des associations de défenses d’intérêts collectifs non communautaires (consommation, environnement, loisirs,…) ;

  • dans l’entreprise avec la protection accrue de l’exercice du droit syndical, la valorisation et la protection des institutions représentatives des personnels dans TOUTES les entreprises, la reconnaissance des accords majoritaires, la modification des règles de la représentativité ;

  • dans l’éducation avec le développement des structures de la vie lycéenne, un rôle accru des partenaires de la co-éducation (parents d’élèves, associations partenaires de l’école publique, projets d’établissement) ;

  • dans la vie culturelle avec son accès pour tous dès la scolarité, l’abandon de la logique commerciale des programmes télévisuels publics laissant place à la création et à l’ouverture sur le monde.

Frédéric Faravel

Par F. Faravel - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 10 mai 2008
- Publié dans : Education
"La France a une très mauvaise gestion des rythmes scolaires", selon M. Meirieu
LEMONDE.FR | 09.05.08 | 16h34  •  Mis à jour le 09.05.08 | 17h43

lexandra :  Je constate de plus en plus l'inquiétude des parents pour la survie scolaire de leurs enfants, et le manque de moyens humains pour encadrer ces jeunes. Face à cela, M. Darcos envisage de supprimer des postes d'enseignants. Comment faire mieux avec moins ?  

Le pédagogue Philippe Meirieu, l'un des fondateurs des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) et du Conseil national des programmes, est photographié le 5 mars 2007 à Lyon.

AFP/JEFF PACHOUD
Le pédagogue Philippe Meirieu, l'un des fondateurs des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) et du Conseil national des programmes, le 5 mars 2007 à Lyon.

Philippe Meirieu :  Je ne suis pas capable de répondre à la place du ministre sur cette question, et je pense qu'il n'est pas possible de faire mieux avec moins.  

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J'ai moi-même défendu, à plusieurs reprises, l'idée qu'on pouvait réformer l'éducation nationale sans investir pour autant des moyens colossaux supplémentaires.  

Mais là, le gouvernement veut réformer en faisant des économies. Je crains que la logique strictement budgétaire ne l'emporte sur la logique pédagogique, et qu'effectivement des enseignements soient sacrifiés.  

c_essentiel :  Quel avis donneriez-vous à une jeune enseignante du primaire quant aux nouveaux programmes centrés autour du français - maths et la morale ?   

Philippe Meirieu :  Les nouveaux programmes tentent d'effectuer un recentrage sur "les fondamentaux" : lire, écrire, compter, savoir se comporter en "citoyen français". Bien sûr, nul n'est contre de tels objectifs et, d'ailleurs, l'immense majorité des enseignants du premier degré les poursuivent depuis de nombreuses années.  

Ce qui est, en réalité, en jeu dans ces nouveaux programmes, c'est l'équilibre entre les temps de découverte et les temps de formalisation nécessaire des savoirs.  

Il n'est pas question de nier l'importance de la mémorisation et de l'acquisition des règles grammaticales et arithmétiques, mais je crois, pour ma part, que ces mécanismes doivent être acquis à travers des enseignements vivants qui impliquent les élèves et qui leur permettent de découvrir le sens des savoirs.  

Par ailleurs, il faut bien reconnaître que, même s'ils sont contraignants, les programmes donnent quand même une marge de liberté importante aux enseignants.  

Le ministre n'a cessé de le rappeler : il faut utiliser cette marge de liberté, en particulier pour mettre en place des activités structurées et mobilisatrices pour les élèves.  

Il me semble que les jeunes enseignants ne doivent pas renoncer à leurs perspectives pédagogiques, à faire de leur classe un lieu de vie et d'expression et, simultanément, d'acquisition rigoureuse des savoirs.  

lol :  Une réforme qui va plutôt dans le bon sens, selon vous alors ?  

Philippe Meirieu :  Non, pas du tout. Les programmes de 2002 étaient beaucoup plus ambitieux et équilibrés. La dimension culturelle était beaucoup plus grande, et l'ouverture sur des activités pédagogiques variées était clairement affirmée.  

Les programmes de 2008 fixent des objectifs beaucoup plus limités et techniques. Ce sont, pour l'essentiel, des objectifs quantifiables qui laissent échapper toute une part de l'activité pédagogique.  

Je crois qu'il faut que les enseignants, tout en suivant les programmes auxquels ils sont confrontés aujourd'hui, continuent à mener un travail pédagogique de fond et ne se rabattent pas sur une pédagogie du perroquet.  

Tintin au Tibet :  Que pensez-vous de la fermeture des écoles le samedi matin ?  

Philippe Meirieu :  J'y suis très hostile. Pour plusieurs raisons : d'une part, c'est, de fait, la généralisation de la semaine de quatre jours. Or, la France a déjà une très mauvaise gestion des rythmes scolaires, avec des journées trop longues et trop peu de journées d'école dans l'année.  

La suppression du samedi matin va encore alourdir les journées existantes et accroître la fatigue scolaire, qui est aujourd'hui l'une des causes majeures de l'échec.  

Les élèves ont perdu plus d'une heure de sommeil par jour depuis trente ans : ils sont excités, stressés, et moins bien disposés à entrer dans les exercices scolaires.  

D'autre part, je pense qu'on aurait dû utiliser le samedi matin pour améliorer les relations entre les familles et l'école : il était possible par exemple de demander aux enseignants d'ouvrir systématiquement l'école aux familles le samedi pour améliorer la connaissance du système scolaire, des pratiques pédagogiques, et permettre de nouer un dialogue sur des questions qui intéressent à la fois les professeurs et les parents.  

Enfin, je crois que le système de rattrapage qui est proposé pour les élèves en difficulté ne permettra pas efficacement de leur apporter le soutien nécessaire : ils risquent de se sentir punis de venir en classe plus que leurs camarades, et cela pourra parfois être contre-productif.  

marc :  En quoi la suppression de 3 heures de cours le samedi matin et la réduction de la semaine de cours à 24 heures peuvent-elles accroître la "fatigue scolaire" ?  

Philippe Meirieu :  En fait, la véritable question c'est la journée scolaire, qui est trop lourde et qu'il faut réduire. Six heures de cours par jour pour des élèves de 8 ans, c'est excessif, et je préférerais des journées de quatre heures mieux réparties dans la semaine et dans l'année. Mais cela exige bien sûr une réflexion sur la mise en place d'activités complémentaires, culturelles ou sportives, qui aujourd'hui font défaut en France.  

Enfin, je trouve que, depuis plusieurs années, nous allons toujours dans le même sens : imposer aux élèves les contraintes des adultes en matière de week-ends, de vacances, de garderie, etc. Il faudrait plutôt s'intéresser aux besoins réels des enfants et réfléchir sur leur équilibre de vie.  

organon :  Ne pensez-vous pas qu'il faudrait une bonne fois pour toute réformer l'éducation nationale, changer le statut des professeurs, le mode de recrutement ? Par exemple un double concours, Capes et agrégation, pour des enseignants qui enseignent devant les mêmes élèves, n'est-ce pas absurde ?   

Philippe Meirieu :  Je crois, effectivement, qu'il faut changer le système de recrutement pour mieux l'adapter à la réalité des écoles et des établissements.  

Je ne comprends pas pourquoi certains professeurs, parce qu'ils ont passé un concours plus difficile, ont moins d'heures de cours à effectuer, le plus souvent devant des élèves de centre-ville, et en étant plus payés.  

Il me semble qu'il faut prendre en compte les difficultés réelles qui se posent sur le terrain et promouvoir la formation continue des enseignants.  

Dans ce cadre, l'agrégation pourrait être une promotion pour ceux et celles qui se sont beaucoup investis dans leur métier et ont mis en place des activités pédagogiques nouvelles et efficaces.  

Par ailleurs, il faut sans doute réfléchir à l'équilibre, au sein des concours, entre les différentes épreuves. Je crois qu'aujourd'hui les épreuves à caractère pédagogique sont insuffisantes et ne permettent pas vraiment de valider les compétences qui auraient été acquises dans ce domaine.  

maximmm :  Comment expliquez-vous qu'à niveau de qualification égal, un enseignant est rémunéré de 20 à 40 % de moins que les cadres A de certaines administrations (impôts, trésor, etc.) ? N'est-ce pas une des principales raisons de la déprime du monde enseignant ? 1 300 euros net par mois en début de carrière pour un enseignant, n'est-ce pas tout simplement une honte ?   

Philippe Meirieu :  Le manque de reconnaissance sociale et financière des enseignants est effectivement très grave aujourd'hui. C'est l'une des principales raisons du malaise.  

Probablement a-t-on profité de la féminisation massive de ce métier pour ne pas trop en augmenter les salaires, ce qui est proprement scandaleux.  

Dans l'histoire pourtant, les professeurs n'ont guère été mieux payés qu'aujourd'hui. Mais ils jouissaient d'une estime sociale et d'un statut qui pouvaient compenser ce déficit financier.  

Par ailleurs, les difficultés du métier étaient moindres : aujourd'hui, on attend du professeur qu'il assume des fonctions qui ont été progressivement abandonnées par la religion, la collectivité et la famille. On attend de lui qu'il promeuve des valeurs qui sont radicalement contraires à celles de la publicité et des médias.  

On exige qu'il fasse réussir tous les élèves... Tout cela est, je crois, une évolution normale, mais qui nécessite de repenser la place de l'enseignant dans la société, la nature de ses missions, sa formation, et, bien évidemment, sa rémunération.  

Français_en_Allemagne :  En Allemagne, les professeurs enseignent deux matières différentes, pensez-vous que cette "variété" est un plus pour les enseignants ... et les élèves ?  

Philippe Meirieu :  Je ne suis pas hostile a priori à la bivalence. Dès lors qu'elle s'effectue sur la base du volontariat des professeurs. Un des problèmes majeurs des établissements du second degré aujourd'hui est la fragmentation des enseignements.  

L'élève n'a pas de vision globale des exigences de ses professeurs, et ces derniers ne constituent pas une véritable équipe susceptible d'assurer un suivi cohérent et une relation constructive avec les familles.  

Je milite depuis longtemps pour des unités pédagogiques d'une centaine d'élèves, confiées à une douzaine de professeurs, qui y effectueraient la totalité de leur service. Ils jouiraient ainsi d'une liberté pour adapter leur enseignement aux élèves et pourraient être véritablement impliqués dans le fonctionnement de l'établissement.  

Concernant l'accès à la bivalence, je défends l'idée qu'il faut proposer aux enseignants une année sabbatique de formation en compensation de leur acceptation et de leur engagement à se former et à enseigner dans une deuxième discipline.  

elie :  N'avez-vous pas l'impression que la commission sur la condition enseignante (devant laquelle vous vous êtes exprimé) n'a finalement abouti à presque rien ?  

Philippe Meirieu :  Pour le moment effectivement, nous ne voyons rien venir. Et c'est dommage, car les problèmes sont immenses.  

Toutes les propositions de la commission ne sont pas applicables, mais il y a des urgences en matière de recrutement, de formation, de première nomination, et je trouve dommage que l'on n'ait pas avancé plus vite sur ces chantiers.  

restrike :  La suppression de la carte scolaire m'inquiète. Vers quelles solutions peuvent se tourner les proviseurs et principaux du second degré pour obtenir la mixité sociale tant promise par notre président ?  

Philippe Meirieu :  La suppression de la carte scolaire m'inquiète aussi, et je pense qu'elle ne va pas permettre d'avancer vers la mixité sociale, bien au contraire. Certes, le système actuellement en vigueur est injuste et largement détourné par les privilégiés. Mais on pouvait imaginer de réformer la carte scolaire sans la supprimer.  

J'avais souhaité que les instances régionales des conseils économiques et sociaux soient saisies de cette question et proposent un redécoupage des secteurs scolaires permettant une vraie mixité sociale : en associant par exemple des centres-ville et des banlieues, en développant des établissements sur des zones "frontalières", etc.  

On pouvait imaginer également une réflexion sur une politique de "bassins", plusieurs établissements (écoles, collèges et lycées) travaillant ensemble pour organiser la mixité sociale en leur sein. Mais ce n'est pas ce qui a été décidé. On se contente d'une suppression progressive qui va bénéficier à ceux qui sauront en profiter.  

Ce qui m'inquiète le plus, c'est que les "bons" établissements vont faire l'objet de très importantes demandes : on fait croire aux parents qu'ils vont pouvoir choisir leur établissement. En réalité, ce sont les établissements qui choisiront les élèves.  

nantais :  La réforme de l'université et son autonomie n'est-elle pas une réforme a minima notamment car elle n'a pas permis une sélection à l'entrée de l'université ?  

Philippe Meirieu :  Je ne suis pas favorable à la sélection à l'entrée de l'université. Je suis en revanche extrêmement favorable à une réforme radicale des trois premières années de l'université.  

Aujourd'hui, l'université, pour beaucoup d'étudiants, c'est la jungle et le règne de la débrouille. Seuls quelques étudiants motivés et adaptés survivent.  

D'ailleurs, beaucoup d'entre eux préfèrent aller en classe préparatoire, en BTS ou en DUT, où ils ont le sentiment d'être mieux encadrés, mieux suivis, et mieux épaulés dans leur travail.  

Il faut donc penser une pédagogie totalement différente pour l'entrée à l'université, avec des petits groupes, des apprentissages méthodologiques, un tutorat systématique, des entretiens d'évaluation réguliers...  

frederic :  Êtes-vous pour un recrutement des profs directement par le chef d'établissement ?  

Philippe Meirieu :  Non. En revanche, je crois qu'il serait intéressant de développer progressivement un système de postes à profil qui permettrait aux enseignants d'être candidats, non pas seulement sur une région ou sur une ville, mais plus précisément sur un établissement pour y développer des projets particuliers.  

carl76 :  Parmi les réformes actuellement en cours, y en a-t-il une que vous acceptez sans réserve et une autre que vous rejetez sans réserve ? Et pourquoi ?  

Philippe Meirieu :  Je joue mon joker. Il y a peu de mesures que je sauverais ; elles se font dans un contexte qui globalement est une remise en question de la notion de service public. On joue massivement sur la concurrence systématique entre les personnes, entre les écoles, les établissements et les universités. On fait l'hypothèse que la qualité ne sera obtenue que par la concurrence, alors que je crois que la qualité ne peut être obtenue que par une concertation approfondie et une véritable réflexion de fond avec tous les partenaires du système éducatif.  

ced59162 :  Si monsieur le président vous proposait le poste de ministre de l'éducation, l'accepteriez-vous ? quelle serait votre première réforme ?   

Philippe Meirieu :  Je pense qu'il est inutile de s'intéresser à des hypothèses aujourd'hui totalement absurdes. Le président de la République et le ministre de l'éducation ne cessent de dénoncer le pédagogisme dont ils affirment que je suis le principal représentant.  

Je suis d'ailleurs très choqué par cette stigmatisation qui n'a à mes yeux qu'un véritable objectif : écarter la vraie question, qui est "que fait-on des élèves qui ne veulent pas apprendre ?". Les pédagogues n'ont cessé de poser cette question et le font encore obstinément.

Le gouvernement actuel répond par des "y a qu'à" et "il faut que". Il pense que s'intéresser à la mobilisation des élèves sur leurs apprentissages est de la démagogie et du temps perdu, alors que je crois que c'est la seule condition pour une véritable démocratisation.  

Si on ne traite pas de la question du désir d'apprendre, seuls ceux qui ont trouvé leur panoplie de bon élève au pied de leur berceau vont réussir à l'école. Sous prétexte de réalisme, la politique d'aujourd'hui tourne le dos à tous les acquis de la pédagogie.  

Elle est plus proche du formatage que de l'éducation, et si je devais souhaiter une chose, ce serait qu'on réhabilite le patrimoine et la formation pédagogiques dans tous les domaines. Célestin Freinet, Maria Montessori, Anton Makarenko, Lorenzo Milani, Pestalozzi, Oury, ont beaucoup de choses encore à nous apprendre.  

Si nous ne les écoutons pas un peu, nous allons vraiment sacrifier une génération d'élèves. Les méthodes qui ont "fait leurs preuves", ce sont eux qui les ont proposées et ce sont eux qu'il faut écouter.  

Thierry :  Eh oui monsieur Meirieu, j'ai parfois le sentiment que les professeurs passent plus de temps à faire de la pédagogie qu'à enseigner. A qui la faute?  

Philippe Meirieu :  Pour moi, enseigner, c'est faire de la pédagogie ! Je ne vois pas comment on peut faire de la pédagogie sans enseigner. Enseigner, c'est inventer des moyens pour transmettre des savoirs, et c'est cela la pédagogie.  

Elo :  Que pensez-vous du retour de l'autorité et de la morale à l'école ?  

Philippe Meirieu :  L'école est effectivement un lieu où l'on apprend à obéir à une autorité légitime et à respecter les autres. Mais pour moi, cela ne peut se faire que dans une pédagogie active et coopérative : c'est ainsi que les élèves découvrent la nécessité de la loi, c'est ainsi qu'ils élaborent les règles nécessaires au fonctionnement collectif, c'est ainsi qu'ils comprennent la nécessité du respect réciproque, de l'entraide, et de la solidarité.  

La véritable morale, c'est celle que l'on fait vivre aux élèves. D'ailleurs les élèves ne s'y trompent pas. Ils n'ont plus aucune confiance dans les adultes qui leur disent trop souvent : "faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais."

Constance Baudry
Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 7 mai 2008
- Publié dans : Education

> Univers
IDEES


Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 17h55

Du grain à moudre











de Brice Couturier

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émission du mardi 6 mai 2008
Crise de l’école : quelles responsabilités de l’héritage de mai 68 ?




Parmi les attaques récurrentes contre 68, l’éducation publique figure en bonne place. Nous avons déjà esquissé le débat hier dans un Grain à moudre consacré à Raymond Aron : les effets de mai 68 sur l’Université ont divisé nos invités. Raymond Aron voyait, lui, dans 68 le début de la dévalorisation des diplômes universitaires.
Aujourd’hui, nous parlerons davantage du primaire et du secondaire. Vous connaissez la caricature. Je vous livre la version d’un certain candidat à la présidentielle : les « héritiers de 68" ont "cherché à faire croire que l’élève valait le maître, qu’il ne fallait pas mettre de notes pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, et que surtout il ne fallait pas de classement." Ainsi, l’héritage de mai aurait eu des conséquences catastrophiques sur l’éducation : relativisme, laxisme, refus de l’autorité, …tout cela ayant pour suite une baisse générale du niveau scolaire et une aggravation du sort réservé aux moins nantis. Comme sur bien d’autres sujets, on fait, à propos de l’école, à la génération 68 un procès en trahison : elle aurait provoqué le contraire de ce qu’elle professait, animée d’un sentiment d’injustice face aux inégalités scolaires, elle aurait en vérité cassé l’égalité des chances. Ce verdict est loin d’être tenu par les seuls détracteurs de mai. Si l’on en croit les sondages, la seule question sur laquelle les Français sont partagés quant aux conséquences de 68, est précisément celle de l’Ecole. Comme vous le savez, pour le reste, ils sont majoritairement satisfaits. Mais manifestement, l’autorité et la discipline, en revanche, ont à leurs yeux souffert des idéaux défendus par 68.
Quelle part de vérité dans ce jugement ? Pour un sociologue de l’école, comme François Dubet, c’est une idée totalement erronée "l’école française est restée traditionnelle". Selon lui, "en termes pédagogiques, 68 n’a eu que peu d’effet. L’école est restée sélective, centrée sur les savoirs et non sur les relations avec les élèves." Pour lui, c’est même évident, "à l’école, les soixante-huitards ont perdu."
Comment se sortir de jugements aussi contrastés ? Qu’en est-il vraiment ? Mai 68 a-t-il été une rupture dans l’histoire de l’école et de la pédagogie ?


Invités


Philippe Meirieu en duplex depuis Lyon.  Ancien directeur de l'Institut National de Recherche Pédagogique
Enseigne les sciences de l’éducation à l’université Lyon


Vincent Cespédès.  Philosophe
Directeur de la collection "Philosopher" chez Larousse


Bernard Kuntz.  Président du Syndicat national des lycées et collèges (SNALC)










les livres





Bernard Kuntz
Prof de droite ?
François Xavier de Guibert - 2000







Vincent Cespedes
Mai 68
Editions Larousse - 2 avril 2008


Quarante ans d’interprétations contradictoires et de débats passionnels montrent que Mai-68 ne saurait être réduit au statut d’événement historique : il s’agit d’un concept. L’ouvrage démontre que cette crise est d’ordre philosophique, ordre qui englobe le politique et le culturel. Les graffitis, les mots d’ordre, les tracts, tout ce que Mai charrie en contestations et en idées neuves forme un véritable système philosophique. C’est à la philosophie de Mai que s’en prennent les détracteurs ; c’est la philosophie de Mai que d’autres revendiquent en héritage. Pour Vincent Cespédès, Mai-68 représente un tournant philosophique qui n’a pas été compris, ce qui explique bien des crises actuelles (école, banlieues, famille, démocratie).







les liens







> Mai 68 sur FranceCulture.com

Retrouvez dans ce dossier toutes les émissions consacrées le 10 mai, en direct et en public du Théâtre de l'Odéon, à l'"anniversaire". Et découvrez aussi un carnet sonore au Lycée Voltaire, une sélection de livres et de sites autour de l'événement.
Par Rlg 95 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
 
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