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Le texte de Césaire, paru en juin 1950, se présente comme un réquisitoire, un procès fait à l'Europe coloniale. "L'Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l'histoire", assène l'auteur. Il fait le procès du continent européen au nom de ses propres principes. Au nom de la raison, des Lumières, des droits de l'homme que l'Occident prétend incarner. Devant ce tribunal, "l'Europe est moralement, spirituellement indéfendable". L'aboutissement de cet "ensauvagement du continent", de cette barbarie, a été le nazisme, "la barbarie suprême, celle qui couronne, qui résume la quotidienneté des barbaries". Pour Césaire, ce nazisme dont l'Europe vient à peine de sortir est l'héritier du "très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois" des XIXe et XXe siècles. L'écrivain martiniquais cite à l'appui de sa démonstration les textes les plus contestables de Renan sur les "races supérieures". Pour lui, Bugeaud et la conquête de l'Algérie sont en germe dans Renan.
La mise en parallèle du colonialisme et du nazisme a souvent été reprochée à Césaire. En 1994, le député (UDF) Alain Griotteray s'étonnait, à la tribune de l'Assemblée nationale, qu'une "oeuvre aussi résolument politique, osant comparer nazisme et colonialisme, soit inscrite au programme de français des terminales". L'année suivante, le ministre de l'éducation de l'époque, François Bayrou, le retirait des programmes.
Au moment où Césaire rédige le Discours, la comparaison des totalitarismes et des comportements autoritaires avec le nazisme est monnaie courante. C'est l'époque où les députés communistes accueillent le ministre de l'intérieur Jules Moch à l'Assemblée aux cris de "Heil Hitler !". 20 ans plus tard, ce sont les CRS qui seront qualifiés de "SS" par les étudiants...
Mais le Discours sur le colonialisme n'est pas seulement un pamphlet. C'est un texte poétique, rédigé dans une prose scandée, rythmée. Césaire retrouve la verve satirique et outrancière de Léon Bloy lorsqu'il dénonce tous les "chiens de garde du colonialisme", les "macrotteurs politiciens lèche-chèques", les "académiciens goitreux endollardés de sottises", les "ethnographes métaphysiciens et dogonneux". Les "cochons", que vomissait Bloy à longueur de pages, sont ici les intellectuels et les hommes politiques convaincus de la supériorité de la race blanche "dolicho-blonde", les Renan, Jules Romains, Roger Caillois, "Bidault avec son air d'hostie conchiée"... Le Discours se termine par un plaidoyer pour que l'Europe défende les peuples et les cultures, en particulier les cultures moribondes. On trouve là des accents que ne renierait pas Jacques Chirac, promoteur du Musée des arts premiers et de sa Fondation pour le dialogue des cultures.
Rapidement, le Discours va devenir "le bréviaire de tous les militants anticolonialistes en lutte contre la domination européenne", comme le soulignent Roger Toumson et Simone Henry-Valmore, dans leur biographie, Aimé Césaire, le nègre inconsolé (Vents d'ailleurs). Malgré cette postérité, ou peut-être à cause d'elle, Césaire reste aujourd'hui le moins aimé des poètes de la négritude. Trop ardu ? Trop polémique ? Les oeuvres de Senghor sont plus volontiers enseignées dans le secondaire. Pourtant, les débats qu'il pose ont encore cours aujourd'hui. Ils ont même repris une nouvelle vigueur après l'adoption de la loi du 23 février 2005 soulignant, dans son article 4, le "rôle positif" de la colonisation. Après une levée de boucliers dans les anciennes colonies françaises, particulièrement en Algérie, l'article en cause a été supprimé par Jacques Chirac.
Dans le Discours, Césaire prend soin de distinguer l'européanisation de l'Afrique et sa colonisation, d'autant plus que "ce mouvement était en train ; il a même été ralenti, en tout cas faussé par la mainmise de l'Europe". "J'entends la tempête, prévient Césaire. On me parle de progrès, de réalisations, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées (...), d'extraordinaires possibilités supprimées."
Le débat sur le rôle de la colonisation allait connaître un ultime rebondissement politique. En décembre 2005, alors que le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy devait se rendre en Martinique, Aimé Césaire avait fait savoir qu'il ne le recevrait pas, pour protester contre la loi du 23 février. M. Sarkozy avait annulé son déplacement. Finalement, le poète avait reçu le futur chef de l'Etat, le 11 mars 2006, dans l'ancienne mairie de Fort-de-France. Il avait improvisé une leçon de 40 mn sur la colonisation, que l'hôte subit stoïquement malgré son impatience coutumière. 2 ans plus tard, Césaire tirait sa révérence et Sarkozy présidait ses obsèques. La classe politique unanime entourait le cercueil et l'ensevelissait sous les fleurs.





Henri de Saint-Simon (1760-1825),
noble français, développe le thème de la solidarité sociale et de l’Etat régulateur, il inspirera les premières coopératives ouvrières. Charles Fourier (1772-1837), horloger ruiné, imagine les
phalanstères, communautés autonomes assumant toutes les fonctions de la société, il ne condamne pas le capital en lui-même, et si sa réflexion porte en elle un fort courant pour la libération des
mœurs, il faut signaler l’antisémitisme qui anime sa haine du “commerce”. Robert Owen (1771-1858), industriel britannique, insiste moins sur l’Etat que sur la nécessité des coopératives...
La génération suivante approfondie
encore le débat. Louis Blanc (1811-1882) réclame la nationalisation des grands moyens de production pour contrôler l’économie, et un État qui assure la protection sociale et une législation du
travail.
Pierre-Joseph
Proudhon (1809-1865), ouvrier imprimeur, théorise une société de petits producteurs indépendants, substituant à l’État des associations professionnelles et communales, opposant à une société
commandée autoritairement une fédération sur libre consentement de la base. Flora Tristan (1803-1844), féministe et socialiste, propose de constituer en 1843 une Union ouvrière universelle pour
obtenir le droit au travail et l’organisation du travail.
Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels
(1820-1895), philosophes allemands, tirent les leçons de l’échec relatif des penseurs français. À travers L’idéologie allemande(1845), Le manifeste du Parti Communiste (1848) et Le Capital (1867)
ils développent une vision de l’Histoire, de la Philosophie et de l’Économie qui aboutit à un socialisme «scientifique». La société divisée en classes a vu le pouvoir passer dans les mains de la
bourgeoisie détentrice du capital et des moyens de production. 1789 est une «Révolution bourgeoise», la bourgeoisie peut depuis exploiter toujours plus le prolétariat et rabaisser les artisans,
leur paupérisation devant aboutir à la Révolution prolétarienne, dirigée par des partis ouvriers révolutionnaires. La dictature du prolétariat dans un État socialiste permettrait d’instaurer la
collectivisation des moyens de production ; une société sans classe en sortirait, l’État deviendrait peu à peu inutile et le stade «communiste» de la civilisation permettra à chacun de voir sa
liberté et ses besoins satisfaits.
• celle du Parti Socialiste de
France, autour de Jules Guesde (P.O.F., marxiste) mais aussi d’Edouard Vaillant (P.S.R.), qui se veut “révolutionnaire” et condamne le “ministérialisme” ;
• celle du Parti Socialiste Français,
autour de Jean Jaurès (socialistes indépendants) et des “possibilistes”, qui soutient le “bloc des gauches” et entend unir les valeurs du Socialisme et de la République, et où se mêlent
réformisme et aspirations révolutionnaires.
Jean Jaurès, cependant, impose peu à peu
son ascendant par sa capacité de synthèse entre les idées de réforme et de révolution, entre le patriotisme et l’Internationalisme, qui correspondent mieux que celles de certains marxistes
français à un électorat composite où se côtoient ouvriers, paysans, fonctionnaires et intellectuels. À la veille de la guerre, le socialisme devient une force notable (avec 100 députés, il est le
deuxième groupe de la Chambre) : un rapprochement s’esquisse avec la C.G.T. syndicaliste révolutionnaire (reprise en mains par Edouard Vaillant et les allémanistes, après la parenthèse
anarcho-syndicaliste) et la gauche du Parti Radical dans la lutte contre la «loi des trois ans».
Les espoirs et les désillusions marquent
les socialistes de l’immédiat après-guerre. Leurs idées influencent très largement les programmes et les politiques de la Libération. Ils jouent un rôle majeur dans les gouvernements du général
De Gaulle et ceux du tripartisme (P.C.F./S.F.I.O./M.R.P.). Vincent Auriol devient le premier Président de la IVème République. Mais les socialistes se trouvent aussi confrontés à la concurrence à
gauche d’un parti communiste, qui est au sommet de son influence électorale (28,5%), et au centre d’un nouveau parti, le Mouvement Républicain Populaire (démocrates-chrétiens). Leurs médiocres
résultats électoraux précipitent une crise identitaire, au regard des ambitions qui les animaient.
À Léon Blum et Daniel Mayer – qui veulent ouvrir le parti, lui donner une définition humaniste et en faire un parti de
gouvernement qui s’assume – une majorité composite, animée par Guy Mollet (1905-1975) premier secrétaire du Pas-de-Calais, oppose l’identité traditionnelle du parti, défend une ligne marxiste
pseudo-orthodoxe et l’unité d’action avec le P.C.F. Le congrès d’août 1946 enregistre la victoire de Guy Mollet, donc des cadres fédéraux contre la direction nationale (ce sera l’unique fois dans
l’histoire du parti).
En 1954, le radical Pierre
Mendès-France (1907-1982), plus que Guy Mollet, paraît incarner le renouveau de la gauche non communiste. La guerre d’Algérie accuse les divisions de la gauche : héritiers d’une conception
évolutionniste de la décolonisation, analysant le nationalisme algérien dans le contexte de la guerre froide, une majorité de socialistes derrière Guy Mollet, président du Conseil du Front
républicain (1956/57), acceptent les contraintes (pouvoir militaire, censure, tortures…) d’un conflit qui ne veut pas dire son nom. Une minorité (Daniel Mayer, Robert Verdier, Gilles Martinet,
Alain Savary) met en accusation la politique menée en Algérie et dénonce l’usage de la torture. La scission est inévitable avec la crise du 13 mai 1958 et l’attitude de la direction du parti face
au retour du Général De Gaulle : le Parti Socialiste Autonome est fondé à l’automne 1958.
François Mitterrand (1916-1996),
contre Mendès-France, G. Mollet et Gaston Deferre (1911-1986), impose sa stratégie d’Union de la Gauche avec le Parti communiste en mettant à profit le coup d’éclat que représente sa «glorieuse
défaite» devant le Général De Gaulle en 1965. Cependant, la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (F.G.D.S.), qu’il constitue la même année, n’est qu’un cartel électoral entre la
S.F.I.O., le Parti Radical et "sa" Convention des Institutions Républicaines (C.I.R.). La forte progression de la gauche aux législatives de 1967 est remise en cause par les divisions issues des
hésitations de la gauche traditionnelle face à Mai 1968.
Lionel Jospin, surfant sur l’exercice de
démocratie militante et son score au 2nd tour de l’élection présidentielle, impose un nouveau processus de rénovation, fondé à la fois sur un “droit d’inventaire” des années Mitterrand et sur la
revendication d’un “réalisme de gauche”. Mais la base électorale du parti continue de subir une érosion dans les catégories populaires et chez les jeunes, se centrant de plus en plus sur les
classes moyennes et moyennes supérieures. Cependant l’autorité de Jospin permet un apaisement interne propice à un travail politique dans les domaines programmatique, stratégique et
structurel.
Ce
texte est le produit d'un groupe de travail de Nouvelle gauche qui s'est réuni au cours de l'année 2004 pour tenter de répondre à la question suivante : "Y-a-t-il une alternative au
capitalisme ?"
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