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LE MONDE | 07.06.2012 à 16h35 par Sylvia Zappi
Benoît Hamon et son suppléant, Jean-Philippe Mallé en campagne,
mardi 5 juin, dans le quartier Auguste-Renoir à Trappes.
C'est son sésame pour se faire ouvrir les portes. Et sa manière de conjurer tout mauvais sort. "Bonjour c'est Benoît Hamon, ministre de François Hollande". Candidat dans la 11e circonscription des Yvelines, le nouveau ministre de l'économie sociale et solidaire se doit de réussir le 17 juin. Ce jour-là, il saura s'il reste ministre ou pas.
Comme tous ses collègues engagés dans la compétition législative, il doit respecter la consigne du premier ministre : en cas de défaite, il devra quitter le gouvernement. Alors, dans la dernière ligne droite avant le premier tour, l'ex-porte-parole du Parti socialiste (PS) met les bouchées doubles, enchaînant les porte-à-porte, les matins de marché et les sorties d'école. Mardi 5 juin, c'est dans le quartier Auguste Renoir de Trappes qu'il visite les cages d'escalier.
"UNE VRAIE PRESSION"
Sourire accroché et blagues à ses très jeunes camarades du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), le candidat cache bien son stress. Ce proche de Martine Aubry n'est pas un bleu. Il est arrivé à Trappes en 2009 sur la demande du maire de la ville, Guy Malandain. Elu au conseil régional d'Ile-de-France, il y a depuis ses réseaux, sait taper sur un adversaire, tisser ses contacts chez les commerçants qui, pour certains, affichent son portrait.
Mais il a aussi connu une cuisante défaite, en 2009, lors des élections européennes. Il perd alors son unique mandat national et retombe - presque - dans l'anonymat. "Ça lui met une vraie pression", admet Ali Rabeh, son jeune directeur de campagne.
Alors, dans son très classique costume sombre sur chemise bleu ciel, Benoît Hamon grimpe quatre à quatre les paliers, sonne, accroche ses tracts aux portes, tout en s'enquérant auprès d'un proche de ce que fait son adversaire, le député UMP sortant Jean-Michel Fourgous.
"Vérifie ce qu'il diffuse, lance-t-il dans son portable. Ce proche de Dassault n'arrête pas de raconter n'importe quoi sur moi. Sa dernière, c'est que je suis un proche de l'extrême gauche. C'est drôle non ?", justifie-t-il avant de toquer à la porte suivante. Depuis sa nomination au gouvernement, il avoue que la campagne s'est durcie.
Opération porte-à-porte dans une cité de Trappes, mardi 5 juin, pour le ministre de l'économie sociale et solidaire, candidat aux législatives dans les Yvelines.
"TERMINER LE TRAVAIL"
Dans les grands couloirs beiges d'une résidence sociale du bailleur la Logirep, les odeurs du repas à venir se diffusent en même temps qu'on entend la télévision en fond sonore. L'accueil est chaleureux, enthousiaste parfois. "Merci d'être venu, de vous être déplacé", dit une mère de famille, ses deux jeunes enfants cachés derrière ses jambes. "Dimanche, on y sera !", lance un autre. "Oui il faut terminer le travail", répond Jean-Philippe Mallé, le suppléant du candidat.
Un jeune croisé dans le hall lui lance : "J'espère que vous serez élu mais ça va être difficile : ici la droite tient à lui", faisant référence au candidat UMP, élu député depuis 1993. "De moins en moins ! François Hollande a fait 57 % à la présidentielle", rétorque aussitôt M. Hamon pour rassurer son électeur potentiel.
Le redécoupage de la circonscription a ajouté aux six communes initiales celle du Mesnil-Saint-Denis, classée à droite, "pour permettre au député sortant d'être réélu", assure le socialiste. L'élu UMP compte sur le vote des quartiers aisés et rend coup pour coup. Il fustige ainsi le représentant d'une "gauche goulag", un "fumiste", un "démolisseur de l'économie de marché". "Hamon fait peur", résume M. Fourgous.
LE MOUVEMENT DES JEUNES SOCIALISTES MOBILISÉ
Le ministre, proche de Martine Aubry, a son plan de campagne lancé depuis janvier en s'appuyant sur les quartiers populaires : "Ce sont eux qui ont fait élire Hollande", explique le quadragénaire. Pour quadriller la ville, des renforts sont venus de Paris. Les troupes sont très jeunes et motivées pour celui que tout le monde appelle "Benoît". "Sans le MJS, ma campagne n'aurait pas été la même. Ils assurent 70 % du travail militant, dit-il en enchaînant les étages. Je me suis mis en pilotage automatique", ajoute, en avouant sa fatigue, celui qui a été fondateur du MJS dans les années 1990.
La mobilisation semble payer dans ces cités rénovées. Voir un politique connu sur le marché entouré de caméras et de micros, les habitants ont pris l'habitude. Mais un ministre à sa porte, c'est autre chose. "On est avec vous", dit joyeusement une mère de famille, une truelle pleine de peinture à la main.
Benoît Hamon biche à chaque fois, faussement décontracté : "Je compte sur vous." "Les élections, c'est dimanche ? Celui qui vient ?", s'inquiète une femme, remettant rapidement son hidjab derrière la porte. Un peu plus loin, à la cité Debussy, une nounou le remercie : "Je vous ai vu au marché samedi. Vous passez chez nous, c'est gentil."
"L'ACCUEIL EST BON"
Et quand une porte reste obstinément fermée malgré les voix entendues derrière, le candidat garde son flegme en lançant à la cantonade : "Ça m'a fait plaisir." "Le plus difficile à vaincre, c'est l'immense scepticisme par rapport à la capacité du politique à résoudre leurs problèmes mais l'accueil est bon. Ça fait du bien", souffle-t-il.
Les jeunes croisés dans le hall ou sur le parking affichent la même curiosité. "C'est vous, le candidat ? Mais vous passez à la télé en plus !", s'étonne un jeune Noir, portable collé à l'oreille. "C'est mieux avec le PS, on respire", avance un autre. Un grand gaillard en djellaba reste en retrait avant de se lancer : "On a voté François Hollande. J'espère que ça va changer pour nous", assène-t-il.
Derrière ce "nous", il résume tout : le chômage, la relégation du quartier, le regard sur les musulmans... Les autres acquiescent. "Ils n'en pouvaient plus après 5 ans d'hystérisation sur l'islam", décrypte le ministre. "Après les annonces sur les contrôles d'identité ou les retraites qui concernent beaucoup de pères ici, on sent que les gens attendent de pouvoir mettre un peu de beurre dans les épinards", raconte-t-il.
Le soir, une réunion publique est prévue en centre-ville et l'équipe invite à tout-va avant de se retrouver près du parking. La zone prévue pour ce soir est couverte. On n'attend plus que le candidat. Le "camarade Benoît" a été retenu pour partager un thé à la menthe par la mère marocaine d'Hayette, arrivée récemment dans la campagne. En regardant la photo prise avec son iPhone, elle lâche : "J'y crois pas ! Un ministre dans mon salon !"