| On a longtemps reproché aux politiques leur éloignement des simples gens et leur insensibilité aux problèmes qui les touchent. Dans l’espoir de combler ce gouffre d’indifférence supposée, une nouvelle génération de dirigeants exhibe désormais des efforts plus ou moins sincères, mais toujours télégéniques, pour compatir avec les victimes de notre société. C’est Nicolas Sarkozy, qui accourt au chevet des policiers blessés. C’est Ségolène Royal qui touche un paralysé en direct lors d’une émission de télévision. Dans notre société, ravagée par le scepticisme, le soupçon n’est pas lent à naître : et si ces compassions exhibées valaient pour aveu d’une impuissance à empêcher ces malheurs auxquels on sympathise ? Si tel ou tel manifeste autant d’empathie envers le blessé, n’est-ce pas faute de disposer des moyens véritables d’empêcher les voyous de tabasser et caillasser policiers ou pompiers ? Tant de pitié pour les sans-abris par incapacité à leur assurer des revenus susceptibles de leur assurer une vie digne ? La compassion a un autre inconvénient : en érigeant en victime absolue le sujet d’une injustice ou d’une violence, on le juge dépourvu des capacités d’améliorer par lui-même son sort, on le transforme en objet de pitié. Et on le prive de son droit égal d’accès à ce «monde commun» et partagé qu’a inauguré le sentiment démocratique moderne. Enfin, manifester qu’on est l’égal de ceux qui souffrent en s’exhibant à leurs côtés, peut aussi signifier qu’on se résigne au creusement des inégalités et à la permanence de l’exclusion. C’est ce qui semble se cacher derrière la théorie du «conservatisme compassionnel», chère aux Républicains américains. On le voit, la politique compassionnelle appelle bien des critiques et soulève bien des problèmes. /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Myriam Revault d’Allonnes. professeur des universités à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, spécialiste de philosophie politique | | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Sophie Bouchet-Petersen. Conseillère spéciale de Ségolène Royal en région Poitou-Charentes | | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Jean-Pierre Le Goff. Philosophe et sociologue Président du club Politique Autrement | | | |