À Pau, à l’occasion de leurs Journées parlementaires, les responsables PS ont tous usé d’un même slogan: «la République est abîmée». Mais il aura suffi d'Emmanuel Todd pour rappeler que si l’unité règne, ça n’est vraiment pas parce que le Parti socialiste a su régler les questions les plus fondamentales. Comme son rapport au libre-échange…
Reste que si c’est à Dominique Strauss-Kahn que revient finalement la tâche de conduire le PS au combat élyséen, le « juste échange » et autres « écluses » risquent de finir aux oubliettes. « Si Aubry n’y va pas, lâche un député hamoniste, il faudra que Benoît aille aux primaires ». Pour l'heure, ça ne semble pas d'actualité. L'aile gauche a misé sur la maire de Lille plus que sur l'exilé de Washington : « Si en janvier, Aubry dit qu’elle va à la présidentielle, DSK ne pourra pas y aller, explique un proche d'Emmanuelli, Le problème, c’est que Martine Aubry s’enfonce dans une stratégie d’attente. Il faut faire attention : la politique, c’est le mouvement » !
Mais beaucoup de responsables socialistes ne sont pas prêts pour deux sous à prendre le chemin du mouvement. Surtout quand ce chemin conduirait non pas à Rome, mais au protectionnisme. C’est le cas de Jean-Noël Guérini, celui-là même qui se perdait dans la lecture de La République des Pyrénées pendant qu’Emmanuel Todd expliquait l’impérieuse nécessité pour le PS de s'y convertir : « Je suis un européen convaincu, explique l’élu marseillais, Et il faut que l’Europe s’ouvre, tout en préservant nos propres acquis. Être socialiste et de gauche, c’est s’ouvrir. » Et de rappeler, comme si de rien était, que ce débat est un « vieux débat qui existait déjà sous Rocard et Mitterrand. » Un vieux débat qui n’a donc toujours pas été tranché. Un vieux débat qui avait contribué à multiplier, dans les années 1990, ceux que l’on nommait les « déçus du socialisme ». Claude Bartolone estime, lui, que le désenchantement a changé de camp : « La droite est en pleine période “déçus du sarkozysme”. » Mais la France n’est pas encore en pleine période « convaincus du socialisme ». Si ce n’est par défaut…